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Le 8 novembre 2010

 

 

 

Pollution de l'air : la lourde menace des particules fines

 

 

Par rapport à d'autres endroits en Région bruxelloise et en périphérie, les communes de Bruxelles-Est ne sont pas les plus mal loties en matière de pollution atmosphérique. Néanmoins, la vie en milieu urbain de même que la proximité du ring imposent d'être conscients des effets négatifs pour la santé lorsqu'un air trop vicié pénètre dans nos poumons. Parmi les nombreux polluants dont il convient de prendre garde, il est intéressant d'examiner de plus près le cas des particules fines. Car la Commission européenne vient de menacer la Belgique de poursuites devant la Cour européenne de justice pour le dépassement des normes jugées maximales en terme de santé publique.

 

 

De quoi s'agit-il au juste ?

 

   

Les particules fines sont habituellement désignées sous le nom de PM10, composé de l'abréviation "Particulate matter" et de leur taille inférieure à 10 micromètres (un millième de millimètre). Il s'agit de particules de substances mélangées de nature organique et inorganique. Certaines sont produites de manière naturelle, comme par exemple lorsqu'il s'agit de sable d'origine désertique porté par le vent sur de longues distances. L'érosion éolienne des sols, les pollens, les embruns marins ou les éruptions volcaniques peuvent notamment apporter leur contribution. Mais les PM10 réputées être les plus nocives pour la santé, bien qu'en part plus réduite, proviennent des activités de l'homme. Grosso modo, en Europe, 35% des PM10 proviennent des moyens de transport, 23% de la production d'énergie, 19% de l'industrie, 16% de l'agriculture et 7% du résidentiel (statistiques pour 2007). Cette répartition peut varier fortement selon les régions. Ainsi en Wallonie la part de l'industrie dans la production de PM 10 s'élève à 60%. Et en Flandre, la part de l'agriculture grimpe à 35%. Soit respectivement le triple et le double de la moyenne européenne. Tandis qu'à Bruxelles la part du transport explose littéralement avec 76% des émissions d'origine non naturelle, lorsqu'il faut noter que celle-ci est inférieure à 25% dans les deux autres régions du pays (statistiques pour 2006).

 

Des effets sur la santé clairement établis

 

Si les particules fines sont aussi toxiques, c'est parce qu'elles pénètrent profondément dans les poumons et l’arbre bronchique. Une étude qui date de 2005 commandée par la Commission européenne révèle des chiffres pour le moins terrifiants. Chaque année, les particules fines seraient à l'origine d'au moins 100 000 décès et 725 000 années de vie perdues en Europe. La Commission européenne précise que les particules fines seraient à la source de 1.100 décès prématurés annuels en Région de Bruxelles-Capitale. L’OMS estime en outre que les particules fines réduisent l’espérance de vie des Belges de 13,6 mois en moyenne. Des données françaises indiquent que l'exposition chronique à la pollution peut être à l'origine de 6% à 11% des décès par cancer du poumon. Une fourchette comprise entre 5% et 7% des maladies cardiorespiratoires seraient concernées. Nous ne sommes pas égaux devant les risques suscités par les particules fines. Les femmes enceintes, les enfants, les personnes âgées, les malades souffrant de pathologies cardiovasculaires (arythmie cardiaque, infarctus) ou respiratoires (asthme, bronchite chronique), d'hypertension, de diabète et d’obésité figurent parmi les plus sensibles.

 

 

Etes-vous directement concerné par les particules fines?

 

La concentration de particules fines pourra varier fortement d'un lieu à l'autre selon les différents points de mesure situés à Bruxelles et en périphérie. En fonction des heures de la journée et de la présence de vents plus ou moins forts, les mesures vont subir de nettes variations et connaître des pointes de pollution. Ce constat permet de comprendre qu'il ne suffit pas d'habiter dans un quartier vert et aéré pour échapper au phénomène des particules fines. Certes, la station de Woluwe-Saint-Lambert est celle qui indique le niveau le plus bas de PM10 en Région bruxelloise (en moyenne moins de 15 µg/m3) pour 2009). Mais en utilisant la voiture pour se rendre au centre ville, de nombreux habitants de Bruxelles-Est devraient être parmi les plus exposés aux particules fines puisque les gaz d'échappement produisent des concentrations maximales aux endroits où se concentrent les embouteillages. De même, le fait de vivre à moins de 1000 mètres d'un axe autoroutier ou du ring peut poser problème selon l'association "Modal Shift". Alors que la Région flamande n'a voulu prendre en considération que les zones résidentielles situées à moins de 250 mètres dans son étude préliminaire à l'élargissement du Ring. A noter que l'absence de vent (qui limite la dispersion horizontale) combinée à la présence d'un anticyclone (qui limite la dispersion verticale) va causer une augmentation spectaculaire des concentrations de particules fines.

 

 

Des seuils à ne pas dépasser

 

La directive européenne 2008/50/CE conseille de respecter des limites précises, tout en interdisant formellement de dépasser des plafonds qui sont plus élevés. Les concentrations en PM10 sur 24h ne "devraient" ainsi pas dépasser 50 µg/m3 plus de 7 fois par an. En 2009, quatre des six stations de mesure installées en Région bruxelloise ont dépassée la valeur limite journalière plus de 35 fois, ce qui constitue le seuil contraignant que la directive européenne interdit de dépasser. La station située à Woluwe-Saint-Lambert produit des chiffres qui ne sont pas les pires. Les mesures prises au nord de la capitale sont nettement plus alarmantes. Mais à l'est de la Capitale, l'on a tout de même compté 38 jours de dépassement en 2007, 23 jours en 2008 et 28 jours en 2009. Ce qui est nettement supérieur au seuil de 7 jours de concentration journalière de PM10 qui est fixé à titre indicatif par l'Europe. Il est à noter que contrairement aux pics d'ozone, il n'est pas aussi essentiel d'utiliser une sonnette d'alarme pour signaler les taux de concentration en particules fine les plus élevés. Une étude réalisée par le gouvernement en France a permis d'établir que ce ne sont pas les pics de concentration en particules fines qui sont les plus dangereux pour la santé. C'est la moyenne quotidienne, même lorsqu'elle semble réduite qui est responsable des principaux effets sur la santé. La proportion entre les deux serait de l'ordre de 3% de pathologies créées par les pics et 97% par exposition trop fréquente à des taux de concentration modérés. La limite contraignante fixée par la directive européenne pour la moyenne annuelle est de 40 µg/m3 pour les PM10. La limite indicative est quant à elle fixée à 20 µg/m3.

 

Sans compter les particules encore plus fines …

 

Les PM2,5 sont réputées encore plus dangereuses que les PM10. Certains scientifiques leur attribuent quelque 350.000 décès prématurés par an dans l’Union européenne. Les études européennes réalisées dans la cadre du programme CAFE (Clean Air for Europe) ont révélé que les PM2,5 raccourcissent de plus de 8 mois l'espérance de vie de la population européenne, soit une perte annuelle totale de 3,6 millions d'années de vie. Les chercheurs les plus alarmistes prônent une valeur limite de 5µg/m3 pour les PM2,5. La norme américaine est à 15 microgrammes/m3. Un groupe de chercheurs européen a confirmé que les améliorations en terme de santé publique s'observent en dessous de ce seuil. Les recommandations de l'OMS, plus sévères, sont de ne pas dépasser 10 µg/m3 en moyenne annuelle et 25 µg/m3 sur 24 heures. Depuis 2010, la législation européenne fait également entrer en ligne de compte les PM2,5 , en sus des PM10. Mais les lobbies sont intervenus et cela a été fait de façon plutôt frileuse. Dans un premier temps, les députés du Parlement européen et le Conseil se sont mis d’accord pour définir une valeur cible de 25µg/m3 pour 2015 et de 20µg/m3 en 2020. Ce n'est qu'à partir de 2015 que cette valeur deviendra une limite contraignante. Actuellement, en Région bruxelloise, ce plafond est régulièrement dépassé.

 

 

La Région bruxelloise entre le marteau et l'enclume

 

Fin octobre, la Commission européenne a adressé un ultime avertissement à celle-ci pour non transposition complète de législation européenne en ce qui concerne notamment les particules fines. La difficulté pour la Région de Bruxelles-Capitale de se conformer aux exigences européenne est dans une très large mesure due à l’augmentation du trafic routier et à la part élevée des véhicules diesel dans le parc automobile belge. Interpellée au Parlement bruxellois, la Ministre de l'environnement Evelyne Huytebroeck a répondu que Bruxelles ne pourrait résoudre le problème à elle seule. S'agissant du trafic automobile, il sera impossible de rencontrer les exigences européennes si la Région flamande ne prend pas des mesures appropriées. Selon la Ministre Ecolo, l'accord de gouvernement de la coalition Olivier ne permettra pas non plus à la Région bruxelloise de se conformer aux injonctions européennes.

 

Les dangers élevés d'un élargissement du ring

 

La Région flamande s'est fixé pour objectif de développer les activités économiques dans la zone aéroportuaire à l'horizon du plan START. Outre l'augmentation drastique du trafic aérien, lui-même vecteur de pollution atmosphérique, le plan prévoit d'améliorer l'accessibilité de la zone par voie routière. Le fait est que le ring est déjà saturé. Le plan START perdrait énormément de sa substance si le projet d'élargir le ring en passant de 6 à 12 bandes n'était pas mené à bien. De nombreuses communes bruxelloises se sont clairement positionnées contre le projet d'élargissement du ring et pour l'adoption de pratiques plus équilibrantes, tels l'usage de transports en commun couplé au développement de parking de dissuasion ou encore de mesures en faveur d'une mobilité plus douce.. C'est également ce que le Conseil communal de Crainhem a fait. Selon Bruno De Lille, Secrétaire d'Etat bruxellois en charge de l'environnement (Groen !), le ring qui entoure la capitale est d'ores et déjà responsable à hauteur de 50% des émissions anthropiques de PM10 présentes dans l'air que nous respirons. Sa Ministre de tutelle Brigitte Grauwels (CD&V) a parlé de concertation nécessaire entre la Région bruxelloise et la Flandre. Ils ont en effet du pain sur la planche. Car sur le plan environnemental, l'argument de la Région flamande est étouffant de mauvaise foi. Il consiste à affirmer que la fluidification du trafic devrait permettre aux véhicules d'optimaliser leur combustion et ainsi expulser moins de particules fines. Ce faisant, la Région flamande "oublie" de préciser que la meilleure accessibilité du ring ira de pair avec une intensification du trafic routier qui est d'ailleurs le but premier du projet. Même si les émissions de PM10 et de PM2,5 par voiture diminuent, leur volume global ne pourra qu'augmenter.

 

La fin du Plan START ?

 

Certes, se trouver bloqué dans les embouteillages sur le ring n'a rien d'amusant. Mais il faut voir que le projet d'élargissement du Ring hypothèquera sur le long terme la qualité de l'air à Bruxelles et dans sa proche périphérie. Tandis que se pose à très court terme un problème de compatibilité avec les directives européennes. Etonnement, rares sont les responsables politiques francophones ou flamands qui osent évoquer l'abandon pur et simple du Plan START. Lequel apparaît aussi volontariste que mal pensé. Pour ne pas dire monstrueux si l'on prend en considération les effets dévastateurs en terme de santé publique qui sont mis en avant par le corps scientifique. Pourtant, l'ambition de faire de la zone aéroportuaire un puissant pôle logistique au service de la Flandre n'a guère de sens sans un plan efficace de désengorgement du Ring.

 

 

GVODY

 

 

 

 

Pour plus d'informations :

 

www.irceline.be

 

www.ibgebim.be

 

ec.europa.eu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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