Le 15 septembre 2011
L’automne avant l’heure pour nos marronniers :
Explications
Les majestueux marronniers de Bruxelles-Est voient leur feuillage perdre leur verdeur de plus en plus tôt durant l’été. Est-ce l’angoisse que suscite l’inimitée de Brigitte Grauwels pour leurs congénères qui fait perdre leurs cheveux aux fières sentinelles des avenues bruxelloises ? Non pas. C’est un petit insecte qui a conquis presque toute l’Europe. La "mineuse du marronnier", une chenille nommée cameraria ohridella dont les scientifiques n'avaient jamais entendu parler avant le début des années 80.
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Le Cameraria ohridell ou Mineuse du Marronniera (Photo Soebe) |
Bruxelles-Est est particulièrement concernée
La mineuse ne tue pas les marronniers. Du moins pas directement. Elle se contente d'en dévorer les feuilles de l'intérieur. Celles-ci vont brunir prématurément et tomber au cours de l'été. L'arbre voit réduite sa capacité de photosynthèse. Année après année, son feuillage se raréfie. Jusqu'à atteindre 100% de défoliation au beau milieu de l'été. Quand l'arbre s'affaiblit globalement, sa capacité de résistance aux maladies et aux champignons diminue. Ce qui n'aurait rien de fatal dans des conditions normales suscite un risque mortel à plus long terme. Sur le plan ornemental, dans une ville où les marronniers jouent un rôle d'importance, la perte est d'emblée considérable. Comment imaginer sans tristesse au fond du cœur le dépérissement des marronniers de l'avenue de Tervuren ou de l'avenue Baron d'Huart ?
Une bestiole très entreprenante
La mineuse, que l'on appelle parfois aussi teigne du marronnier, a été décrite pour la première fois en 1986. Elle apparaît en Macédoine, tout près de la frontière albanaise. Cinq ans plus tard, elle s'est répandue dans les pays de l'est de l'Europe. Début des années nonante, la mineuse est présente le long d'un axe qui va de l'Allemagne à l'Italie du nord et celui-ci progresse vers l'ouest. Elle s'installe en Belgique dès 1999. Les premières observations sont faites dans le parc du Musée de Tervueren. La France, le Royaume-Uni, l'Espagne et les pays du nord de l'Europe sont également concernés depuis une dizaine d'années. Tous les climats conviennent à cet impitoyable envahisseur qui profiterait des moyens que l'homme met à sa disposition pour se disséminer. Notamment, semble-t-il, au travers du commerce du bois.
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Larve de lamineuse du marronnier (photo Beentree) |
Une prolifération galopante
Trois générations de mineuses du marronnier se succèdent chaque année. La première éclot en avril. Dès que la température moyenne dépasse 12 degrés pendant 48 heures, les mâles naissent suivis par les femelles quelques jours plus tard. Les chenilles se transforment en de minuscules papillons bruns ocres dont la taille varie entre 3 et 5 mm. Des milliers de couples vont se former sur le tronc des marronniers. Après fécondation, des dizaines d'œufs vont être déposés par chaque pondeuse à la surface des feuilles du marronnier, le long des nervures. L'éclosion a lieu seulement trois semaines plus tard. Les larves vont alors creuser une "mine" entre les membranes qui forment la feuille du marronnier. Chaque feuille peut accueillir des dizaine ou des centaines de mines. Une seconde génération d'insectes apparaît en juillet. C'est celle qui cause le plus de dégâts. Une troisième génération, née fin août, clôt le cycle de la reproduction entre fin septembre et début octobre. Les chrysalides issues de ce dernier vol nuptial vont hiberner dans les feuilles tombées aux pieds des arbres jusqu'au printemps prochain. Certains érables et platanes situés à proximité pourront être touchés la saison suivante, à un degré moindre cependant. Les marronniers à fleurs rouges sont également moins sensibles, tout en restant un vecteur de diffusion de la mineuse.
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Une feuille de marronnier déjà bien attaquée ... |
Quels remèdes ?
Pour l'heure, il n'existe aucun remède radical à la prolifération de la mineuse du marronnier. Un traitement par insecticide ne peut s'envisager parce qu'il serait préjudiciable également aux insectes pollinisateurs. Il existe des pièges à phéromones, à suspendre le long du tronc à trois mètre de haut, qui attirent les mâles de manière à ce que les femelles ne puissent plus être fécondées. Des tests réalisés en France ont permis de démontrer qu'une diminution sensible des attaques des feuilles est possible, jusqu'à 45%. Pour chaque arbre doté d'un tel dispositif qui peut neutraliser plusieurs milliers de mineuses, le coût annuel avoisine 50 euros. Mais ce type piège n'apporte pas de solution lorsque le marronnier est touché par plus d'un million de chenilles. La principale mesure à prendre pour lutter contre la réapparition de mineuse du marronnier l'année suivante consiste à ramasser toutes les feuilles qui tombent aux pieds des arbres. Non seulement celles qui demeurent à l'approche de l'hiver car elles contiennent les chrysalides en hibernation. Mais aussi les feuilles qui tombent pendant l'été et contribuent à la multiplication exponentielle de l'insecte. Si l'on veut obtenir une préservation maximale de l'arbre, de nouvelles pratiques s'imposent donc aux services communaux. Et tout cela n'empêchera pas le retour ultérieur d'autres colonies de cet insecte particulièrement mobile et envahissant qui s'est propagé en Europe à mesure de 60 kilomètres par an. Comme il ne sera de toute façon pas possible de ramasser toutes les feuilles mortes des sujets situés en forêt, il serait illusoire de vouloir empêcher la dissémination de la mineuse du marronnier par cette méthode.
Un combat de longue haleine
En somme, gagner la guerre contre les mineuses du marronnier n'est pour le moment pas possible. En attendant que des remèdes plus efficaces soient mis au point, il faut organiser la résistance du mieux possible. C'est à quoi s'attelle un programme-cadre entrepris par la Commission européenne baptisé Controcam, lequel a déjà permis l'élaboration du système de piégeage phéromonal précité. En France, des chercheurs de l'INRA ont découvert dans les Balkans une microguêpe capable de détruire la chenille. Des tests sont en cours. Serait-ce la solution radicale qui fait défaut à l'heure actuelle ? Celle-là ou une autre, il importe de ne pas tomber les bras. Et surtout, l'on ne pourra admettre que d'aucuns, dans un contexte politicien, usent de l'argument de la fragilisation momentanée des marronniers bruxellois pour justifier leur abattage. Défendre et soigner le marronnier, si consubstantiel de l'esthétique environnementale bruxelloise, voilà ce qui a du sens. L'abattage doit demeurer un ultime recours réservé aux seuls cas désespérés.
GVODY
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