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WOLUWE-SAINT-LAMBERT - Le 4 juin 2009

 

 

 

Chaos organisé ou vision globalisée pour le parking Roodebeek ?

 

 

 
  Voir le plan du dispositif actuel >>>

A Woluwe-Saint-Lambert, un petit parking crée des remous et suscite une réflexion de fond qui touche à l'avenir de Bruxelles-Est. Le Ministre bruxellois de la Mobilité Pascal Smet avait dans un premier temps ordonné la transformation du parking Roodebeek en une aire réservée exclusivement aux utilisateurs d’une carte Mobib, sauf paiement d’un ticket fixé au coût prohibitif de 25 euros. L’éminence SPA voulait en faire un parking dédié aux navetteurs venus de l’extérieur de Bruxelles afin que ceux-ci puissent abandonner leur véhicule au profit du métro, dans une optique de désencombrement du trafic automobile au centre ville. Ce faisant, il pensait pouvoir dire adieu aux usagers locaux qui accédaient au parking librement, notamment pour se rendre au centre Wolubilis qui se trouve à côté. Ce projet qui n’est pas très respectueux du développement d’un des principaux foyers de culture et de convivialité à l’Est de Bruxelles est pour le moment suspendu. Bien que non supprimé.

 

Gestion régionale contre gestion communale

 

Les déclarations fréquentes de Pascal Smet au sujet de la difficulté, selon lui, d’articuler les initiatives régionales et la gestion communale ont trouvé en l’occurrence une illustration édifiante. Car en effet, lorsqu’un Ministre régional agit sans aucune concertation avec les autorités communales et les habitants concernés, et sans qu'une étude ait été faite quant à l'incidence sur la mobilité dans le quartier ... cela coince. Pascal Smet a finalement annulé l’inauguration triomphale du parking Roodebeek, laquelle devait avoir lieu trois semaines avant les élections. Entretemps, les travaux de mise en condition du parking payant (barrières automatique, clôture du site, panneau électronique, caméras de surveillance ...) ont pourtant été réalisés. Alors que faire ? Et bien, pour le moment, rien. La date de mise en service de ce nouveau parking payant est reportée sine die. C'est à dire après les élections.

 

Il y a un hic

 

 
  Le panneau reste là pour le moment ...

Les aménagements (coûteux) déjà réalisés ont modifié l'accès au parking. Arrivées et sorties se font à présent à l'angle de la chaussée de Roodebeek et de la bretelle issue de la rue Jacques Brel. Mais ce dispositif crée une surcharge de la circulation dans le tronçon de la chaussée de Roodebeek. L’idée avancée en commission préparatoire était d’organiser la circulation autour parking en suivant un sens giratoire unique, en ne permettant plus le trafic dans les deux sens sur l’avenue de Roodebeek. Lors du Conseil communal du 18 mai, le Bourgmestre Olivier Maingain a toutefois expliqué que ce projet était modifié. Finalement, seulement, une partie de la chaussée de Roodebeek sera mise à sens unique. Un petit tronçon de la chaussée de Roodebeek, du côté de l’avenue Paul Hymans, restera à double sens afin de permettre au carrossier Vanderveken de rentrer ses voitures. Sur les bancs de la majorité comme de l’opposition, plusieurs élus se sont interrogés sur le bien fondé de cette solution perçue comme bancale. Ne fut-ce que parce que les automobilistes qui s’engageront dans le tronçon en question devront faire demi-tour dans une avenue qui n’est pas très large. Aux heures de pointes, c'est même impossible. Pittoresque.

 

 

Le tronçon de la rue de Roodebeek qui débouche sur un sens unique ...

 

Banzaï !

 

Le Bourgmestre a lui-même convenu qu’il serait sans doute nécessaire de modifier ultérieurement ce dispositif bizarre, qualifié officiellement « d’expérimental ». Pour Olivier Maingain, à ce stade, le plus important est d’adopter le plus vite possible une décision communale contraignante afin d’organiser la guérilla juridique et de "mettre la pression sur le Ministre". Une attitude proactive ou agressive, selon les goûts et les couleurs. Au fait, qui est le Ministre qui tranchera ? Bonne question car la future dévolution de la Mobilité sous la prochaine législature devrait faire l’objet d’une âpre controverse au moment de la formation du gouvernement bruxellois. Ce portefeuille ultra stratégique, en plus d'offrir une magnifique visibilité à son détenteur, permet de gérer notamment la question de l’articulation de la mobilité entre Région bruxelloise et périphérie, comme par exemple ce qui touche au RER, les aménagements du Ring ou le projet de péage urbain. Bref, l'affaire du parking Roodebeek pourrait servir bientôt d'argument pour contrer le principe d'une reconduction de Pascal Smets dans ses fonctions ...

 

La théorie des dominos

 

Pour les autorités communales de Woluwe-Saint-Lambert, il convient d’établir que le parking de Roodebeek a vocation de demeurer d’abord au service de la population locale. La commune précise « qu’un parking de transit doit se situer, de préférence, en dehors de la Région de Bruxelles ou, à tout le moins, en bout de ligne de métro ou en relation avec les futures stations RER ». Cela se défend. Mais la commune voisine de Crainhem où se trouve le métro le plus proche du Ring voudra sans doute se défendre aussi. Car le plan de mobilité crainhemois vise à décongestionner l’axe en provenance du Boulevard de la Woluwe qui passe devant l’Hyper-Carrefour pour devenir l’avenue de Wezembeek. Le but est précisément d'y restreindre le trafic des navetteurs qui passent déjà par cette avenue située après la sortie « Wezembeek-Oppem » du Ring. D’ailleurs, des mesures drastiques de dissuasion des voitures "ventouses" (comprenez de navetteurs) ont été appliquées à Crainhem dans les environs de la station de métro du même nom. Aucune commune, fut-elle à facilités, n’a envie de se transformer en zone de transit ou en parking au détriment de sa propre population.

 

Un trésor attend les bruxellois à Crainhem

 

Alors quelle solution pour maintenir les voitures en dehors de Bruxelles-Est ? Prolonger le métro jusqu’à la bretelle du Ring, soit 800 ou 900 mètres d'incursions derrière la frontière linguistique, serait le rêve. Il y à là une trentaine d’hectares de champs qui bordent l’autoroute, situés au nord-est de la commune de Crainhem. Si une station de métro supplémentaire pouvait être placée à cet endroit, il serait possible de créer au bas mot 10.000 places de parking tout autour pour les navetteurs. Ce serait Byzance par rapport aux 189 places prévues à Roodebeek. A titre de comparaison, le RER qui coûte des milliards et va causer un nouvel exode des ménages bruxellois devrait permettre, selon certaines études, une diminution de 8.000 ou 9.000 voitures entrantes dans Bruxelles. Un méga parking de transit à Crainhem, accessible uniquement via le Ring, coûterait en comparaison une croute de pain. Pour les riverains de ce parking, ce serait l’occasion d’obtenir une séparation avec un mur anti bruit qui les débarrasserait une bonne fois du constant brouhaha du Ring. Et pour la commune de Crainhem qui l’accueillerait, cela représenterait une manne fiscale qui permettrait de soutenir les finances publiques à hauteur des futurs besoins en maintenant au plus bas la fiscalité locale.

 

 

Le terrain situé à Crainhem où un parking relié au métro pourrait être créé, à un endroit où il serait possible de l'isoler du trafic local.

 

En attendant le happy end ...

 

La création d’un parking de transit de grande envergure à Crainhem est un rêve difficile à réaliser car il présuppose une reconnaissance de facto du caractère bruxellois de la commune de Crainhem. Comprenez qu’un projet de métro de la STIB derrière la frontière linguistique n’est a priori pas le bienvenu à l’estime de l’exécutif régional flamand. C’est là que l’on réalise à quel point il est contreproductif pour la Région bruxelloise de ne pas voir son territoire s’étendre au moins jusqu’au Ring qui l’entoure. En attendant la reconnaissance partagée de ce constat, vouloir opposer réalité régionale et réalité communale est décidément une vision stérile. Il ne faut pas moins de communes à Bruxelles pour apporter une solution « régionale » à la problématique du stationnement des navetteurs. Sous l’angle des besoins essentiels de Bruxelles en matière de mobilité, il faut une commune en plus. Et davantage si affinités. Hem, hem. Là, les chœurs chantent « Un jour, mon Prince viendra ». Ce prince, c’est le prochain Ministre bruxellois de la Mobilité. Sera-ce ou ne sera-ce pas Pascal Smet ? Espérons en tout cas que l'heureux élu n'attendra pas cent ans avant d'embrasser la Belle au bois dormant. Car celui qui saura assumer sa responsabilité entière en défendant une vision globale et cohérente de la gestion par la Région bruxelloise étendue à de nouvelles limites territoriales pour des motifs de nécessité pratique, en plus de tous les autres, ne fera que son devoir.

 

 

GVODY

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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