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Le 15 octobre 2009

 

 

 

Les jeunes largement exposés aux risques d'agressions à Bruxelles-Est

 

 

   

A Bruxelles-Est, c'est grosso modo sur l'axe qui va du quartier Montgomery à Stockel que les agressions de jeunes sont les plus nombreuses, que ce soit dans les stations de métro ou dans les rues et les parcs alentours. Le Commissaire Divisionnaire Bruno Boland nous explique que "c'est un phénomène constant en importance, avec des hauts et des bas en cours d'année, en fonction de la présence de bandes plus actives à certains moments." Depuis le 1er janvier 2009, 105 jeunes de moins de 18 ans ont été victimes d'un vol avec violence dans la Zone de Police Montgomery. Environ 30% d'un total de 357 victimes sont en effet des mineurs. S'il faut compter en moyenne presque 3 jeunes qui sont agressés pour vol chaque semaine, dans la pratique des pics importants sont observés au printemps. Entre mars et mai, à la faveur des beaux jours, la moyenne a grimpé jusqu'à un jeune agressé pour vol par jour (22 par mois). Et si l'on tient compte des agressions gratuites, sans vols à la clé, les chiffres grimpent jusqu'à un total de 168 cas de violence sur des jeunes de moins de 18 ans, répartis sur 42 semaines en 2009. On pourrait encore ajouter les vols à la tire, sans contact physique ni violence.

 

Ne pas dramatiser mais …

 

Dès l'âge de 12 ans, de nombreux enfants se font agresser pour un GSM, un MP3 ou de l'argent. Ce n'est pas la perte de ces objets qui cause un grand dommage mais bien le choc psychologique qui leur reste à gérer. Les ados qui ont eu la chance de ne pas (encore) avoir subi d'agression, connaissent à tout le moins une pléthore de camarades qui sont passés par là. Pour tous les jeunes qui rentrent de l'école ou se promènent, le sentiment d'insécurité est peu ou prou une réalité de tous les jours. Les petits malfrats ne sont en général guère plus âgés qu'eux. Souvent venus du centre ou de l'ouest de Bruxelles en métro, c'est ce même moyen de transport aisé qui leur offre la possibilité de s'écarter rapidement du lieu de leur méfait. Chasseurs d'un côté, gibiers de l'autre, deux mondes se côtoient. Dans certains cas, user d'intimidation suffit à l'agresseur et c'est déjà une forme de violence caractérisée. Mais les plaies, les bosses, les bleus, les dents cassées : tout cela existe. Parfois, quand une arme sort, le dérapage grave n'est pas si loin. Certes, il ne convient pas de dramatiser un phénomène qui est au demeurant rarement évoqué dans les débats publics, si ce n'est lorsqu'il prend une tournure plus grave. Mais il ne convient pas davantage de banaliser la violence dont sont victimes des enfants. Alors, que peut-on faire ?

 

En matière de prévention

 

   
    Le Commissaire Divisionnaire
Bruno Boland

Pour éviter de se faire agresser, le Commissaire Divisionnaire Boland préconise des précautions de bon sens. Utiliser un GSM dernier cri ou un superbe iPod dans des endroits où il y a beaucoup de monde va créer une tentation pour des voleurs. Il avertit: "Il ne faut pas créer une inquiétude permanente chez les gens mais tout le monde doit avoir conscience des risques". Pour certaine direction d'établissements scolaires, comme celle de l'Ecole européenne à Woluwe-St-Lambert, les conseils aux parents sont plus explicites: "Il faut éviter d’étaler de façon ostentatoire des vêtements et objets de marque". Autre conseil, se déplacer en groupe. Les jeunes ont intérêt à se déplacer à au moins 3 ou 4, même si cela ne constitue pas une garantie de sécurité absolue. Les enfants doivent apprendre à ruser. Il leur faut observer les alentours, repérer les éventuels fauteurs de trouble pour mieux les éviter, éventuellement trouver refuge dans un commerce ou à proximité d'adultes. Pas toujours évident. Il est également envisageable de considérer un itinéraire alternatif qui emprunte le bus ou le tram qui permet de réduire, sans l'exclure, le risque de se voir agressé. Le Commissaire Divisionnaire Bolland confirme que les probabilités statistiques sont dans ce cas moindres.

 

Le rôle de la police

 

Des patrouilles pédestres et des brigades canines de la Zone de Police Montgomery sont déjà présentes dans le métro, apparaissant de façon ponctuelle aux heures critiques de la journée, là où il y a les plus grandes concentrations de jeunes. A priori, leurs interventions ne constituent qu'un appoint car de telles mesures sont normalement du ressort principal de la police fédérale, de la police des chemins de fer (qui s'occupe aussi du métro) et des services de sécurité de la STIB. On peut aisément comprendre que le plus gros de leurs effectifs soient concentrés sur l'ouest de Bruxelles où les besoins sont plus criants. Tout comme l'on peut comprendre que la police locale se doit d'accomplir de nombreuses autres missions avec les moyens dont elle dispose. Toutefois, force est de constater qu'une présence de la police locale plus visible sur le terrain (sans tomber dans l'excès) réduirait de façon sensible la tentation pour certaines bandes urbaines.

 

Améliorer la disuasion

 

La direction de la Zone de Police Montgomery reconnaît qu'il serait possible d'améliorer la situation avec des renforts. Il suffirait pour cela que les effectifs organiques soient au complet. Or, il manque actuellement 100 postes (74 opérationnels et 26 administratifs) à pourvoir sur 619. A charge du pouvoir communal de voter les budgets nécessaires à des recrutements supplémentaires. Mais pas seulement car il faut aussi susciter des vocations à la carrière de policier qui attire peu. Il y a pourtant un potentiel à exploiter car les policiers issus de la population des "nouveaux bruxellois", justement là où le problème du chômage est le plus aigu, sont souvent de très bons éléments. La réponse se situe au niveau de la formation. Il s'agit alors d'une compétence régionale. A noter qu'un réseau de caméra en rue sera déployé dès 2010. C'est une disposition déjà adoptée par le pouvoir communal qui devrait être d'un apport appréciable.

 

En cas d'agression

 

Le Commissaire Divisionnaire Boland assure "qu'à la police, nous prenons chaque affaire au sérieux et nous mettons systématiquement tout en œuvre pour attraper les auteurs." Pour y parvenir, le premier élément clé est le descriptif des auteurs du méfait. Lorsque cela arrive, malgré le choc psychologique que constitue l'agression, il est important de pouvoir relever les signes distinctifs (taille, vêtements, etc). Ensuite, cela dépend de la rapidité avec laquelle la plainte parvient au dispatching. Dans la Zone de Police Montgomery, le mieux est de former le numéro d'appel direct 02/788.53.43. Ce sera encore plus rapide que le 101 puisque le policier au bout du fil connaît la zone où les faits ont lieu. Cela peut faire gagner jusqu'à dix minutes précieuses à l'équipe d'intervention en faisant augmenter les chances d'arrestation et de récupération du butin. Jeunes et adultes qui souhaitent pouvoir apporter une aide efficace s'ils sont témoins d'une agression devraient mettre ce numéro en mémoire de leur GSM. A noter que les zones de police voisines sont toujours averties immédiatement. Un réseau de caméras permet le cas échéant de suivre les agresseurs dans leurs déplacements dans le métro. De toute façon, même si l'agression n'est signalée que plus tard aux parents, il sera nécessaire de se rendre au commissariat pour porter plainte et informer la police. C'est indispensable pour que celle-ci puissent orienter les recherches et, plus globalement, lutter contre le phénomène de la façon la plus efficace possible. Ne pas porter plainte est toujours une erreur. Un service d'assistance aux victimes existe au sein de la police, lequel apporte une aide psychologique. Il est essentiel que la victime se sente écoutée et puisse exprimer ses angoisses. Il lui faudra ensuite acquérir la faculté de dédramatiser l'événement autant que possible. Le cas échéant en ayant recours à un conseil spécialisé.

 

En cas de racket

 

Il ne faut pas confondre une agression ponctuelle avec un phénomène de racket qui présuppose une persécution répétée de la victime par les mêmes agresseurs. Souvent, les enfants victimes de racket n'osent pas en parler. Cela peut se passer sur le lieu même de l'école. Le service "Famille-jeunesse" de la Zone de Police Montgomery peut venir efficacement à leur secours. Les parents et les enseignants ont un rôle de vigilance et d'observation à jouer. Le Commissaire Divisionnaire Boland explique que "C'est un phénomène en recrudescence car aujourd'hui, des jeunes ont de plus en plus d'objets de luxe. Et il y a ceux qui n'en n'ont pas et veulent avoir". Le racket est un problème grave dont les conséquences psychologiques peuvent être lourdes.

 

Quand les agresseurs sont attrapés …

 

Les auteurs d'agression avec vol sont déférés par la police au Parquet, lequel ne va pas pouvoir faire grand-chose s'ils sont mineurs. Il s'agit là d'un problème sociétal qui n'est pas de la responsabilité de la police. Elle serait d'ailleurs fondée de déplorer la nécessité d'arrêter parfois les mêmes jeunes à de multiples reprises en les voyant relâchés presque aussitôt. Pour les policiers qui vont les croiser ensuite, le cas échéant plus fanfarons qu'avant leur dernière arrestation, ce n'est pas facile. Ils savent toutefois que le découragement leur est interdit. Lorsqu'il s'agit d'une agression à main armée, ce sont des circonstances aggravantes qui vont amener le Parquet à ordonner des mesures répressives beaucoup plus sévères. "Même avec une arme factice", précise le Commissaire divisionnaire Boland. De même, les mineurs récidivistes peuvent parfois se voir imposer des peines concrètes et fermes par le Parquet. Parfois.

 

Gauthier van Outryve d'Ydewalle

 

 

Site web de la Zone de Police Montgomery :
www.policemontgomery.irisnet.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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