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Le 18 novembrel 2011

 

 

 

Interview de François van Hoobrouck
Bourgmestre de choc en périphérie

 

 

François van Hoobrouck d'Aspre
Bourgmestre faisant fonction de Wezembeek-Oppem

 

Votre vocation pour la gestion des affaires communales, d'où vient-elle au juste

 

Dans ma jeunesse, j'avais déjà fait de la politique à Ixelles où mon grand-oncle était Conseiller communal PSC. Il m'avait affilié à ce parti sans me donner mon avis. Je l'avais quitté en 1955 et je ne n'avais plus fait de politique depuis lors, même si je restais intéressé par la politique communale. Ma vocation politique à Wezembeek-Oppem est venue plus tard notamment grâce à mes enfants et plus spécialement ma fille Caroline. Elle me faisait remarquer que je faisais beaucoup de critiques sur la gestion communale, que j'étais souvent mécontent mais sans aller plus loin. Comme l'on dit, il m'a fallu mouiller le maillot. En 1982, j'ai décidé de me présenter mais à la condition d'être tête de liste ! Pourquoi ? Et bien parce qu'en 1976, il y avait deux listes. Celle de Baudouin de Grunne, qui représentait la grosse majorité de la population, et celle des électeurs flamands conduite par Kumps. Et à l'époque, beaucoup des électeurs du Bourgmestre de Grunne étaient déçus de son attitude un peu frileuse dans sa défense des francophones sur le plan institutionnel. J'ai été échevin PRL jusqu'en 1994 et aussi Conseiller provincial à partir de 1989.

 

Quels sont vos meilleurs souvenirs en tant que Bourgmestre ?

 

Mon meilleur souvenir, c'est d'avoir mené ma liste à la victoire en 1994. Nous avions réussi à obtenir 10 élus contre 9 pour de Grunne et 4 pour la liste flamande du DWO. J'ai d'abord fait une proposition d'accord et de répartition entre échevins à la liste Entente communale de Baudouin de Grunne. Mais il l'a refusé et je suis devenu Bourgmestre avec le soutien des élus flamands purs et durs du DWO. Il n'y avait pas d'échevin flamand. Cela s'est bien passé jusqu'à l'arrivée des circulaires Peeters, en 1997, quand les élus flamands ont été largués. C'est le groupe Entente communale qui a alors soutenu la majorité. Une liste rassemblant tous les francophones a pu être créée, ce qui a permis ma réélection en 2000. En fait, je peux remercier le Ministre Léo Peeters qui m'a en quelque sorte mis en selle. Si je suis Bourgmestre aujourd'hui, c'est parce que les flamands m'ont mis à cette place !

 

Et les mauvais souvenirs ?

 

Des mauvais souvenirs de mon mandat, je n'en ai pas en tant que tel. Des gens m'ont parfois fait savoir qu'ils n'étaient pas contents pour telle ou telle raison mais c'est leur droit.

 

Même pas lorsque vous avez été agressé chez vous par des activistes flamingants ?

 

J'ai commis une erreur, le 21 janvier dernier, jour de mon anniversaire, en ouvrant la porte à une bande hurlante de flamingants qui se sont empressés de m'injurier. Il y a eu intrusion et j'ai porté plainte. Il a été facile de les identifier car ils se sont filmés eux-mêmes. Le parquet a classé l'affaire sans suite, ce qui était logique puisqu'il s'agissait d'un parquet situé en Brabant flamand. Mais j'irai jusqu'au bout. J'estime que l'on ne peut pas agresser des hommes politiques à leur domicile. C'est une question de principe. Mais ce n'est pas ce que j'appelle un mauvais souvenir. Sur le plan personnel, c'est vrai que j'ai été agressé mais cela m'est égal. Lorsque j'étais étudiant, j'ai fait le coup de poing lors des manifestations de 1955 contre le gouvernement Collard dans le cadre de la question scolaire. C'était autrement plus dur. Notamment, je me souviens, quand nous avions pris d'assaut la Maison du Peuple que nous avions placardée et salopée. Nous faisions les sales gamins.

 

Donc les manifestations du TAK ou du Voorpost qui ont régulièrement lieu dans les communes à facilités, elles ne vous paraissent pas si brutales en comparaison de ce qui se pratiquait du temps de votre jeunesse …

 

Déjà en 1949, pendant la question royale, on partait en bicyclette la nuit pour aller coller des affiches pour Léopold III. Je me rappelle que nous mettions notre colle dans des boites de masques à gaz. Il y avait de temps en temps des bagarres où les léopoldistes, dont je faisais partie, devaient échanger de solides oignons. Mon père avait été dans la Légion étrangère après la guerre de 14-18 et c'était un bagarreur de nature. Pour que je puisse me défendre, il m'avait offert une matraque fabriquée avec un gros tuyau de caoutchouc. C'était souple et on ne pouvait pas casser quelqu'un mais on pouvait lui faire sacrément mal. Je me souviens qu'une horde de "socialos" étaient venus devant notre maison pour m'insulter. Mon père, furieux, m'avait défendu de descendre. J'avais 15 ans. J'étais dans les jeunes PSC de l'époque et il faut dire que j'étais connu comme le loup blanc.

 

Quel est votre point de vue sur le résultat des négociations institutionnelles ?

 

J'ai pris une position très difficile. C'est à dire que j'ai soutenu, en âme et conscience, la proposition de splitsing de BHV formulée par mon parti, estimant que l'on ne pouvait pas bloquer le pays lorsqu'il est confronté à une grave crise financière. Mon vote au sein du parti n'aurait bien entendu rien changé en tant que tel. J'aurais aussi pu m'abstenir, plus facilement. Mais je me suis dis non. J'ai fait certaines remarques sur le fait que les francophones ne sont pas allés jusqu'au bout du raisonnement qu'ils auraient dû tenir à propos du splitsing de BHV et sur le fait que 80.000 francophones habitant hors des communes à facilités ont été sacrifiés. Pour les communes à facilités, la situation est légèrement différente. C'est la décision la plus difficile que j'ai eu à prendre de mon existence parce que je trouvais que c'était un très mauvais accord pour nous. C'est par discipline et contre ma position personnelle que j'ai soutenu l'accord.  Même si c'était à mon corps défendant, j'ai estimé que je devais me rallier à la thèse de mon parti, tout en regrettant que l'on ait dû signer cet accord vu la situation économique en l'Europe, entre autres raisons. Il y a des moments dans la vie où il faut savoir prendre position. Il y a aussi que je ne voulais pas apparaître comme un FDF. Je suis libéral. Dans mon parti, tout le monde avait suivi pour soutenir l'accord. Je ne voulais pas prendre une décision qui soit différente. Mais j'ai critiqué mon Président qui m'a convoqué après. Et qui m'en a voulu.

 

Quelle est votre opinion au sujet de la décision prise par le FDF de quitter le MR ?

 

Je comprends tout à fait l'attitude du FDF. C'est conforme à sa logique en tant que telle. Ils sont conformes à leurs thèses et à leur soutien des francophones de Bruxelles et de la périphérie. Pour ma part, je ne vois pas non plus d'autres solutions pour les francophones et pour Bruxelles, même si l'on considère actuellement que c'est une chimère, que de reconnaître un jour que Bruxelles c'est plus que 19 communes.

 

Donc vous continuez de défendre l'idée d'un élargissement de la Région bruxelloise ?

 

La grande faiblesse de la position juridique de la Belgique, c'est que les principes de la Convention cadre du Conseil de l'Europe sur la défense des minorités ne sont pas reconnus. Car si on reconnaît ces principes, on doit consulter la population dans nos communes où les francophones sont reconnus comme minorité nationale. Les flamands sont ultra protégés à Bruxelles. C'est leur capitale. A partir de ce moment, on est fier de sa capitale ou bien on ne l'est pas. Mais alors pourquoi l'a-t-on faite sa capitale ? Pour les flamands, il y a un intérêt à voir cette capitale s'agrandir, d'autant plus que cela diminuera l'intervention financière de la Flandre dans le soutien de sa capitale grâce à l'apport d'un hinterland peuplé de classes moyennes et aisées, via l'impôt. Je ne comprends pas pourquoi ce point de vue n'a pas été défendu. Pour moi, les francophones négocient comme des manches.

 

Mais que pensez-vous alors de la Fédération Wallonie-Bruxelles dont la logique va dans une toute autre direction ?

 

Si les francophones vont dans cette direction, c'est parce que les flamands obligent les wallons et les bruxellois à s'allier. Il ne faut pas le prendre dans l'autre sens. Si nous nous divisons, les flamands nous bouffent tout crus.

 

Sur base de l'accord institutionnel qui a été conclu, pensez-vous que les chances de voir la Région bruxelloise élargie aux communes à facilités ont baissé, augmenté ou sont restées inchangées ?

 

En permettant aux électeurs francophones des communes à facilités de voter pour des candidats qui se présentent à Bruxelles, on a fait un pas pour reconnaître un jour que ce sont des bruxellois. On a créé un lien privilégié en sacrifiant pour cela les francophones des communes sans facilités. On peut considérer que l'accord constitue une première étape pour une réunion des six communes avec Bruxelles. Mais je dirais qu'il y a un effet pervers qui explique que les flamands ont accepté cet accord. A savoir que si les francophones des communes à facilités votent à Bruxelles, ils empêchent qu'une liste francophone qui se présenterait en Flandre lors des élections législatives obtienne un représentant.

 

Lors des prochaines élections fédérales, si trop peu de votes sont attribués à des bruxellois, on dira en Flandre que le lien se relâche entre Bruxelles et les communes à facilités. D'autre part, les francophones du reste du Brabant flamand auront besoin de faire le plein de vote, y compris dans les communes à facilités, pour pouvoir envoyer un élu à la Chambre. Pensez-vous qu'il faut donner conseil aux électeurs des communes à facilités de voter pour des listes bruxelloises ou bien pour une liste francophone en Flandre ?

 

Je n'ai aucune opinion définitive à l'heure actuelle sur ce sujet très difficile. Il n'y a pas de choix idéal. C'est kafkaïen. L'accord est très bon pour les flamands. C'est une fois de plus diviser les francophones. En tout cas, s'il n'y a pas de liste francophone en Brabant flamand, je voterai pour une liste à Bruxelles. On constate que quand on fait une liste unique avec tous les partis francophones, on n'a que la moitié des électeurs francophones qui votent pour cette liste. Le choix du candidat qui est placé à la tête d'une liste francophone en Flandre détermine pour beaucoup les votes. Pour un électeur socialiste de la périphérie, par exemple, ce sera difficile de se décider à voter pour faire élire un candidat tête de liste MR ou FDF (ndlr : Aux élections régionales de 2009, la liste d'Union menée par un FDF a mobilisé environ 47.000 votes en Brabant flamand. Aux législatives de 2010, les listes francophones ont rassemblé environ 80.000 votes en Brabant flamand).

 

A moyen et long terme, comment voyez-vous évoluer les relations entre la commune et l'exécutif flamand ?

 

La grande faiblesse des accords, pour les communes à facilités, est de ne pas avoir pris en considération les tracasseries que les circulaires Peeters et autres nous ont données. On aurait dû exiger leur retrait en échange du splitsing de BHV et laisser aux habitant des communes à facilités le droit de recevoir tous leurs documents en français sans chaque fois faire la demande. C'est corrélatif à la non application de la Convention cadre du Conseil de l'Europe. C'est la non reconnaissance du droit des minorités en Belgique. C'est l'application pure et simple du droit du sol contre le droit des gens. Les germains sont pour le droit du sol et les latins sont pour le droit des gens. Dans notre pays, le sol a été aux mains des romains, des francs, des autrichiens etc, sans jamais tenir compte des droits des plus faibles. Et bien moi je suis pour le droit des gens envers et contre tout. L'humain prime sur le sol. C'est l'humain qui règne, c'est l'humain qui crée, c'est l'humain qui façonne. Ce n'est pas le sol qui façonne l'humain.

 

Comment voyez-vous évoluer la NVA ? Quels scénarios pour les élections qui seront désormais couplées en 2014 et qui seront cette fois à la fois régionale, législative et européennes ?

 

Je ne suis pas Madame Soleil mais si la NVA fait un carton elle aura de nouvelles exigences. Le caractère autonomiste de la Flandre sera renforcé. Moi je vois cela d'une manière assez pessimiste. Ils vont bouffer le Vlaams Belang bouchée par bouchée et ils vont avoir la présidence de la Région flamande. Même avec leur niveau actuel, ils peuvent l'avoir. C'est pourquoi la seule bonne solution pour les communes à facilités est de ne pas être en Flandre.

 

Dans la logique de l'accord institutionnel, n'est-il pas inscrit en filigrane que c'est seulement dans dix ans, quand les transferts financiers de la Flandre vers la Wallonie seront terminés, que les partis francophones feront alors un vrai forcing pour obtenir l'élargissement de Bruxelles ? N'y a-t-il pas comme un rendez-vous en 2022 pour un élargissement de Bruxelles ? Peut-être avant si la NVA a raison quand elle dit que l'accord institutionnel ne durera pas dix ans …

 

C'est trop futuriste pour moi. Dans dix ans, j'aurai quatre-vingt-sept ans et je ne serai peut-être plus là ! Mais je vais y penser. En tout cas, si en 2022 il n'y a plus de transferts financiers vers Bruxelles qui viennent de Flandre ou de Wallonie, Bruxelles sera entièrement sous la coupe des flamands qui veulent en faire leur capitale. Bruxelles 19 communes s'appauvrit depuis des années et dépend de ceux qui ont de l'argent pour vivre. Et qui sont ceux qui ont le plus d'argent ? Ce sont les flamands. La seule solution est donc d'agrandir Bruxelles. Pourquoi la Flandre ne veut-elle pas agrandir sa capitale, comme toutes les grandes villes le font ?

 

Que pensez-vous de la personnalité de Bart De Wever ?

 

Je ne le connais pas personnellement. Mais c'est un populiste d'envergure qui a une vision à long terme. Quand la Belgique ne lui servira plus à rien, il voudra la quitter. Mais ça, il a l'intelligence de ne pas le dire. Il cache son jeu. Il ne dit pas de mensonge mais il dit une vérité qui va évoluer. C'est un nationaliste pur et dur qui va chercher à obtenir le plus d'autonomie pour la Flandre. Et chercher à mettre un jour Bruxelles complètement à genoux. On l'a mis en dehors des négociations mais, à la limite, ne lui a-t-on pas fait un cadeau ? Le fait de ne pas participer à ce gouvernement va servir ses intérêts. Bart De Wever a un esprit spéculatif qui lui donne la capacité de voir plus loin. Nous francophones devrions faire la même chose.

 

Pour en revenir à la gestion communale de Wezembeek-Oppem, dans quelle situation était la commune lorsque vous avez hérité du maïorat, du fait de la gestion de votre prédécesseur ?

 

Les précédents gestionnaires étaient un peu avares. L'état des infrastructures était vraiment lamentable. Des trous dans les rues, des bâtiments communaux pas entretenus, tout avait été géré au plus serré. Les budgets étaient limités à cause de l'inflation, il faut le dire. Mais il fallait augmenter les impôts et on l'a fait. Grâce à quoi on a pu rénover entièrement la commune à 98 ou 99%.

 

Quels sont pour vous les principaux acquis de la législature qui s'achève ?

 

Cela a été la poursuite de la rénovation de la commune. C'est aussi le fait d'avoir pu sauver l'école communale flamande qui n'avait presque plus d'élèves à cause de la compétition avec la Région flamande. Nous avons voulu que la commune maintienne une école flamande pour démontrer que nous sommes ouverts à tous à Wezembeek-Oppem. Certains élus flamands du cru voulaient qu'il n'y ait plus d'école flamande dépendant de la commune pour la remplacer par une école contrôlée par la Communauté flamande de manière à en faire un centre de propagande. Pour que l'école flamande reste sous la responsabilité directe de la commune, cela demandera beaucoup d'attention dans le futur. Il faut par ailleurs mentionner la bonne gestion de la commune sur le plan des contacts avec la population. Nous avons pu aussi renforcer la zone de police Wokra en collaboration avec Kraainem. Je peux dire que j'ai porté le projet depuis sa création. J'ai voulu que nous soyons entre nous pour gérer cette zone de police, quitte à ce que cela coûte un peu plus cher, pour ne pas être noyés dans une zone de police beaucoup plus large. Sur le plan financier, la commune se porte bien. Il faudra savoir quel sera le coût de Dexia mais sur base de la situation actuelle, on ne devrait pas augmenter les impôts comme c'est le cas en général en début de législature.

 

Sur le plan communal, quels seront les grands enjeux de la prochaine législature ?

 

Le gros enjeu, l'objectif capital pour les prochaines années, c'est la Maison communale. C'est un peu notre monstre du Loch Ness. Nous sommes en train d'étudier le projet d'une future Maison communale. Il faudra le réaliser le plus économiquement possible, sans en faire un mastodonte, sans chercher à avoir un palais. Mais il faut permettre aux employés communaux de travailler de manière normale et faire en sorte que la population puisse avoir accès à des locaux véritablement décents. On devra raser les bâtiments scolaires qui datent des années cinquante. Il ne faudra garder que le bâtiment principal côté de le rue Marcelis qui constitue l'ancienne Maison communale.

 

Quels sont vos projets personnels concernant les prochaines élections communales ?

 

Je me présenterai pour soutenir la liste. Mais j'estime qu'il faut maintenant une nouvelle génération pour conduire les affaires de la commune. Si les circonstances le permettent, je me verrais Président du Conseil communal. Je ne prévois plus en cet instant d'être Bourgmestre ni échevin.

 

Quelles personnalités politiques à Wezembeek-Oppem seraient selon-vous les mieux à même d'assumer le prochain maïorat ?

 

Le problème est qu'il va y avoir probablement trop de candidats qui veulent devenir Bourgmestre. Il faut encore en discuter au sein de la liste Union. Je ne peux encore rien annoncer.

 

 

Propos recueillis le 26 octobre 2011
par Gauthier van Outryve d'Ydewalle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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