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Le 16 novembre 2009

 

 

 

Inspection scolaire en périphérie

L'interview exclusive de Christian Van Eyken

 

 

A la suite de la décision du gouvernement flamand de prendre en charge l'inspection scolaire dans les écoles francophones de la périphérie, que peut-on  craindre concrètement pour les élèves et les enseignants ?

 

En ce qui concerne les élèves, il faut voir que depuis une vingtaine d'années les programmes de la Communauté flamande ne sont pas identiques à ceux de la Communauté française. Actuellement, les élèves des écoles à facilités sont admis automatiquement dans les écoles de la Communauté française. Si les socles de compétences deviennent différents, les élèves risquent de rencontrer des problèmes au moment d'entrer au secondaire. J'ai interpellé sur ce point le Ministre Pascal Smet. Il a déclaré que l'Enseignement en Flandre enregistre des résultats supérieurs dans le classement européen. Mais ce n'est pas une réponse. Une bonne correspondance entre les années de primaire et de secondaire demeure nécessaire sur le plan pédagogique. En ce qui concerne les enseignants, il faut voir qu'ils ont reçu une formation selon les méthodes et critères de la Communauté française. Comment un inspecteur de la Région flamande pourrait-il procéder à des évaluations valides sans rien savoir de cette formation ? Concernant la formation continue des enseignants, les journées pédagogiques sont en général organisées pour une zone géographique large. Les enseignants des écoles francophones de la périphérie devront-ils suivre des cours donnés en flamand, avec d'autres enseignants qui eux travaillent dans des écoles néerlandophones ? Je n'y vois pas une dynamique positive. J'ai moi-même été enseignant et, par exemple pour les manuels scolaires, je ne vois pas comment un inspecteur flamand pourra donner de bonnes indications à un enseignant francophone s'il ne connaît pas ces ouvrages. Et dans quelle langue les inspecteurs flamands vont-ils s'adresser aux enseignants francophones ? A cette question, le Ministre Smet a répondu que cet aspect est réglé par les lois linguistiques, ce qui signifie qu'on va les traiter comme des employés administratifs. Ce n'est pas acceptable. Dans une école, ce qui prime est de pouvoir engager de bons pédagogues et non de bons bilingues. Je constate que ces écoles fonctionnent bien aujourd'hui et qu'en réalité on veut les tuer.

 

Christian Van Eyken, Député régional au Vlaams Parlement

 

Que pensez-vous de la position du Ministre Pascal Smet qui veut dédramatiser la décision flamande de prendre en charge l'inspection scolaire ?

 

Entre les déclarations qu'il fait à la presse francophone et celles qu'il fait au Parlement flamand, il y a un monde de différence. Là, il se présente comme tous les autres parlementaires en "bon flamand". Et ce sont la NVA et le Vlaams Belang qui dictent la ligne à suivre. Sur un sujet comme celui-ci, les partis traditionnels flamands ont peur de se démarquer de l'agenda que ces partis nationalistes ont fixé. Il y a un agenda politique derrière la décision du gouvernement flamand. Quand on entend les débats au Parlement flamand, on comprend bien que l'état d'esprit est de voir ces écoles primaires préparer à un passage vers l'enseignement flamand au secondaire. Cela s'inscrit dans une logique de rendre les facilités temporaires. Le but est de faire en sorte que ces écoles cessent de produire des "petits francophones" mais bien, pour la prochaine génération, des "petits flamands". Voilà pourquoi le gouvernement flamand veut pouvoir disposer du levier pédagogique. Si on laisse faire maintenant, à terme, les écoles francophones de la périphérie disparaîtront. En commission parlementaire, cet objectif de faire des écoles francophones de la périphérie des écoles d'apprentissage du néerlandais est fréquemment exprimé. Ce n'est même pas un agenda caché. C'est dit ouvertement au Parlement flamand, dans tous les partis. C'est en fait le même principe que pour le Wooncode.

 

Que répondez-vous à l'argument avancé en Flandre qui consiste à dire qu'il est normal que l'inspection d'écoles financées par la Flandre soit effectuée par des inspecteurs flamands ?

 

La Région flamande reçoit une dotation du fédéral pour les 2.800 élèves francophones de la périphérie. Ce n'est donc pas la Flandre qui paye de ses deniers pour faire fonctionner ces écoles. Nous aurions été beaucoup plus tranquilles si les écoles francophones de la périphérie avaient été dès le début financés par la Communauté française. Il n'y a pas d'élèves néerlandophones dans ces écoles, puisqu'il faut déclarer que la langue utilisée à la maison est le français au moment de l'inscription. C'est d'ailleurs ce qui démontre qu'il n'y a pas de lien entre ces écoles et la Communauté flamande.

 

Si une ASBL est créée pour permettre à la Communauté française de financer les écoles, faut-il un accord au niveau fédéral ou de la part de la Région flamande ?

 

Lorsque ce dispositif a été adopté à Fourons, il y a eu un accord négocié au niveau fédéral. Le gouvernement flamand ne peut voir qu'un avantage à transformer un acquis francophone en monnaie d'échange dans un deal où il sera peut-être question de transfert de compétences ou concessions sur la sécurité sociale. Le procédé est connu. C'est une façon de faire payer un accord, puis de le dénoncer afin de le faire repayer une seconde fois. Exactement comme pour les circulaires Peeters.

 

Le débat sur l'inspection scolaire dans les communes à facilités n'est-il pas au fond lié au dossier BHV, quand on sait que c'est le concept d'extra-territorialité qui a été la pierre d'achoppement en 2005, lorsque les partis au gouvernement ont failli aboutir à un accord ?

 

De deux choses l'une. Soit la Flandre accepte de faire des concessions sur le principe d'extra-territorialité en ce qui concerne notamment les écoles francophones de la périphérie. Soit il faut élargir Bruxelles à ces communes. Il n'y a pas d'autre solution acceptable. Face à une logique de rouleau compresseur, il faut réagir. Sinon, on laisse la Flandre transformer à terme les facilités en une coquille vide.

 

Quelles sont les chances du recours introduit devant le Conseil constitutionnel ? Quel devrait être le timing ?

 

Nous devons tirer les leçons du passé. Dans des cas similaires, il a fallu attendre jusque six ans des décisions de la Cour d'Arbitrage, devenue aujourd'hui Cour Constitutionnelle. S'il faut attendre aussi longtemps, ces écoles auront souffert et le mal sera fait. Le recours en suspension qui a été introduit en ce qui concerne l'inspection scolaire permettrait une décision rapide. Contrairement au recours en annulation qui prendra beaucoup de temps. Mais j'ai personnellement des doutes au sujet de la volonté de la Cour Constitutionnelle d'accepter de traiter le recours en suspension. Tout comme cela avait été le cas pour les recours contre la circulaire Peeters. J'ose espérer que les responsables politiques francophones réagiront si l'on apprend que le recours en suspension est refusé. Il faudra alors exiger une solution politique immédiate. Ce serait de leur part une trahison des francophones des communes à facilités s'ils devaient admettre que le dossier soit mis au frigo pendant des années. On touche ici aux enfants. Si en septembre les choses ne sont pas remises en ordre, on peut craindre que leurs parents songeront à inscrire leurs enfants dans des écoles bruxelloises où il n'y a pas d'incertitude. Il y aura des pertes d'emploi dans le corps enseignant. Et on aura cassé un outil qui fonctionne très bien depuis des années.

 

 

GVODY

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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