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Le 27 octobre 2010

 

 

 

Interview exclusive d'Olivier Maingain

Focus sur la commune, la Région, les négociations

 

 

Aux deux tiers de la législature communale, quels sont les dossiers importants qui ont pu progresser de la façon satisfaisante ?

 

Tout d'abord nous gardons une gestion on ne peut plus saine des finances communales. J'en veux pour preuve que le compte 2009 adopté par le Conseil communal a présenté un boni de 1.300.000 euros. Et cela malgré beaucoup d'incertitudes liées à la conjoncture économique et aux restrictions venant des autorités supérieures en termes de financement des communes. Il y a peu de communes qui peuvent dégager des marges de cette importance. Soyons de bon compte, il y a des éléments conjoncturels favorables qui ne se répéteront pas dans le temps. Néanmoins, nous avons une parfaite maîtrise des dépenses. Nous sommes très prudents et cela permet de faire face à certains besoins qui se manifestent en cours d'année. J'ajouterai qu'il y a peu de communes qui parviennent à maintenir un niveau de fiscalité locale aussi bas. Nous sommes dans le top trois bruxellois, bien en deçà de la moyenne régionale, avec 6% à l'IPP et 2450 centimes additionnels au précompte immobilier. Tout en maintenant cette prudence budgétaire, nous avons mené une politique d'investissement non négligeable. Nous oscillons entre 8 et 10 millions d'euros par an d'investissements extraordinaires consacrés à l'espace public et à la gestion du patrimoine. Parmi les grands dossiers, il y a principalement la revalorisation de la Place Saint-Lambert et de l'avenue Georges Henri.

 

Olivier Maingain, Maïeur de Woluwe-Saint-Lambert et Président du FDF

 

A-t-il été possible d'aboutir à une réconciliation des parties, après la création par des riverains de la Place Saint Lambert d'un groupe de travail parallèle à celui mis en place par la commune ?

 

Les visions étaient très contradictoires au départ et il n'y aura sans doute pas d'unanimité. L'administration communale aura en tout cas travaillé sur toutes les hypothèses, en mesurant les avantages et inconvénients. On tentera de concilier ce qui pour certain paraît inconciliable. Nous allons maintenir une capacité de stationnement sur la place parce que l'on doit tenir compte des besoins d'un secteur de l'horeca très dynamique. En même temps, nous maintiendrons la possibilité de libérer la place pour les événements qui y seront organisés, de façon à présenter un espace d'accueil très dégagé. Nous examinons également la possibilité d'un parking souterrain en extension de celui qui se trouve sous l'immeuble attenant à la place. Mais ce n'est pas un projet simple. Pour la rue Saint-Lambert, les choses dépendent du projet d'extension du Woluwe Shopping Center. Celle-ci doit permettre de mieux organiser les entrées et les sorties, ce qui implique de faire basculer le flux des entrées de l'arrière vers le boulevard de la Woluwe. Il n'y aura dès lors plus autant de passage dans la rue Saint Lambert. Nous pourrons alors repenser son profil et envisager un aménagement pour partie en zone piétonnière.

 

A ce propos, dans quel état d'avancement se trouve le projet d'extension du Woluwe Shopping Center ?

 

Nous avons dû refuser une première demande de permis pour de nombreuses raisons. Il y avait des insuffisances en terme d'égouttage et de bassin d'orage. Sur le plan architectural et esthétique, ce qui était proposé n'était pas très heureux. Des aspects de mobilité demandaient des améliorations, notamment pour ce qui concerne les quais de chargement et déchargement à prévoir pour les nouveaux magasins. Nous attendons maintenant la réponse de l'investisseur à nos objections. Il s'agit de Fortis Real Estate qui coordonne le fond d'investissement. Il semble, mais je parle sous toute réserve, que celui-ci conserve la volonté d'une extension du Shopping. Mais cela nécessitera une étude d'incidence qui va prendre énormément de temps. Rien ne se présentera avant 2012 ou 2013. C'est maintenant le bureau d'architecte Jespers que l'investisseur a choisi pour gérer le projet.

 

Et concernant le projet de revalorisation l'avenue Georges Henri ?

 

C'est un projet très ambitieux et nécessaire. Nous le faisons pour éviter le basculement d'une des artères commerçantes significative de Bruxelles, et donc au bénéfice d'une activité économique et d'une image qui va bien au-delà des limites de notre commune. Je me félicite d'ailleurs de la bonne collaboration avec la Région qui nous a octroyé un Town Manager pour gérer ce projet, ce qui est une première en Région bruxelloise s'agissant d'un quartier appartenant à la seconde couronne. Suite aux démarches de notre échevine, Madame Nasquin, nous avons obtenu la bonne écoute du Ministre régional de l'économie Benoît Cerexhe qui est conscient de l'importance de l'enjeu. La collaboration a été très efficace et on l'en remercie parce que c'était nécessaire. La commune complète ce dispositif par de nombreuses démarches. Un élément important, qui est à l'étude, consisterait à aménager un parking souterrain sous la Métairie van Meyel. Si cet objectif peut être confirmé, nous aurions un levier considérable pour le redéploiement de l'avenue Georges-Henri. Nous pourrions alors rendre l'avenue aux piétons, ce que l'étroitesse des trottoirs ne permet pas aujourd'hui, et rendre la promenade nettement plus attractive. Je n'exclus pas la création d'une section piétonnière, accessible seulement aux transports en commun grâce à un système de bornes que les conducteurs pourront abaisser par télécommande.

 

Dans une optique de complémentarité avec les autres pôles commerciaux présents à Bruxelles-Est, vous avez avancé une idée particulièrement intéressante qui consiste à rendre les commerces de l'avenue Georges Henri accessibles en soirée, comme cela se fait dans beaucoup de pays d'Europe. Cela devrait attirer notamment le public des ressortissants européens qui sont particulièrement nombreux dans cette partie de la ville. Qu'en est-il au juste ?

 

L'idée serait de développer un pôle commercial qui resterait ouvert jusqu'à 20h ou 20h30. Je ne dis pas que cela concernerait tous les commerces. Nous avons aujourd'hui quelques établissements de référence dans le domaine de l'alimentation. Boucherie, fromagerie, poissonnerie, patisserie. Il y a un traiteur de qualité et sans doute de la place pour plusieurs autres. Il faudrait également un commerce de fruits et primeurs. Certains de ces magasins sont déjà ouverts jusqu'à 19h voire 19h30. L'objectif serait d'amener à un effort supplémentaire. Nous pourrions ainsi créer un noyau de commerces d'alimentation qui resteraient ouverts plus tard que dans les autres quartiers commerciaux des environs. Il se situerait dans une section entre le Square Meudon et la Place De Groof. Je suis convaincu que cela créerait un effet d'entraînement et de dynamisme. La commune pourra alors investir pour faire la publicité de ce pôle commercial. Nous avons d'ailleurs prévu de former un groupe de travail communication pour aider les commerçants locaux.

 

Vous avez aujourd'hui 52 ans. Si vous pouviez rester bourgmestre de WSL pendant encore 20 ans, quelles seraient les grandes évolutions que vous auriez à cœur de voir aboutir pour la commune ? Autrement dit, quels sont les grands défis de la commune à l'horizon de 2030 ?

 

Le premier défi est l'accès au logement. La commune à elle seule n'a pas tous les leviers. Mais nous pouvons fixer quelques repères significatifs, comme la reconversion de bureaux en logements. Beaucoup de communes taxent les bureaux occupés. Nous partons du principe qu'il faut taxer d'abord les bureaux inoccupés. Auderghem l'a déjà fait. A Woluwe-Saint-Lambert, nous l'avons décidé également. Didier Gosuin m'a confirmé que c'est une taxe qui n'est jamais contestée et qui produit un effet immédiat, soit en terme de reconversion des bureaux en habitations, soit en remise sur le marché des bureaux à un prix plus attractif. Il n'y a pas que le boulevard de la Woluwe qui est concerné. Il y a également l'axe Marcel Thiry qui est considéré par la Région comme une zone prioritaire pour la reconversion de bureaux en logements. Le second défi est de développer l'accessibilité à du logement moyen. Mais qui achète ? Des européens, que ce soit pour des raisons d'accessibilité professionnelle ou comme placement. Ils composent aujourd'hui environ 26% de la population de la commune, après une augmentation de 5 ou 6% sur les dix dernières années. Il s'agit souvent de personnes issues des nouveaux états membres qui sont attirés par les nouvelles sections de l'école européenne toute proche. Avec tout le respect que nous devons aux ressortissants européens et avec la volonté de ne pas les discriminer, la question est de savoir comment faire en sorte que les finances communales ne soient pas déséquilibrées. D'ici 2030, il faudra une concertation avec les autorités européennes. Un troisième grand défi sera de trouver, au niveau de la Région, une solution aux problèmes d'inondation qui constituent une hantise permanente. La vraie solution serait de dédoubler le collecteur de la Woluwe. Mais cela représente des dizaines et des dizaines de millions d'euro à investir. Un quatrième défi important est le prolongement de la ligne du tram 94 le long du boulevard de la Woluwe, pour lequel la Région ne dispose actuellement pas du budget nécessaire.

 

 

En seulement quelques mots, comment décririez-vous les principaux pôles de Woluwe-Saint-Lambert ? Le Woluwe Shopping Center ?

 

Sans doute la plus grande réussite commerciale de Belgique depuis longtemps.

 

Wolubilis ?

 

Un des pôles majeurs de développement de la vie culturelle à Bruxelles.

 

La Place St Lambert ?

 

Une place de Woluwe-Saint-Lambert dont il faut préserver le caractère attachant. C'est notre place provençale. Le pastis n'est pas loin ! Et nous devons réussir le lien entre ces deux lieux très vivants que sont Wolubilis et la Place Saint-Lambert.

 

L'avenue George Henri ?

 

C'est l'avenue emblématique de l'histoire de Woluwé et nous devons absolument réussir son redéploiement. Nous y parviendrons si nous pouvons y créer le plaisir de s'y promener.

 

Le futur quartier du Val d'Or ?

 

C'est un quartier en pleine expansion qui comptera à terme entre 3.000 et 5.000 habitants. Avec une modification du PPAS qui prévoit des commerces de proximité et une extension de l'offre scolaire.

 

Pourriez-vous citer quelques exemples de relations entre le communal et le régional qui selon vous posent problème à Bruxelles ?

 

Je trouve que c'est en matière d'urbanisme que d'abord qu'il faudrait clarifier les rapports entre communes et Région. Faut-il encore à Bruxelles passer par la Région pour une extension de véranda ? Il faut laisser à la Région la gestion urbanistique des grands projets. Mais on dynamiserait le secteur immobilier à Bruxelles si nous sortions d'un schéma trop centralisé en matière d'urbanisme. La région a certes des capacités que nous n'avons pas. Par contre, quand il s'agit d'entretien au jour le jour de l'espace public, il vaudrait mieux donner une enveloppe budgétaire aux communes pour qu'elles puissent l'assumer. Quand par exemple il y a dix pavés descellés à l'entrée de la station de métro Roodebeek dont l'entretien dépend de la Région bruxelloise, on a beau envoyer courrier sur courrier, on n'obtient pas de solution. On nous répond qu'il n'y a pas de budget, pas de personnel ou qu'il faut attendre notre tour. Alors que notre personnel communal pourrait faire les réparations, ce que je ne leur demande pas pour une raison de principe. Ce n'est pas à la commune d'assumer les carences de la Région, du moins aussi longtemps que l'on n'aura pas organisé les choses autrement. Autre exemple, la Région bruxelloise a des budgets importants pour créer de nouvelles pistes cyclables mais elle ne dispose que de budgets misérables pour entretenir celles qui existent. Il est évident qu'au niveau d'une commune nous sommes beaucoup plus attentifs à l'entretien et aux besoins immédiats quand il s'agit de petits problèmes.

 

Y a-t-il une opposition fondamentale entre Woluwe-Saint-Lambert et la Région dans le cadre du dossier du Parking de transit à Roodebeek ?

 

Mettre un parking de transit à l'intérieur de l'espace urbain n'a aucun sens. Ceux-ci doivent être mis à l'extérieur de Bruxelles. Vu les limites de la Région, je peux comprendre les difficultés que cela présente. Encore que … Car cela démontre bien l'absurdité de limiter Bruxelles aux 19 communes. Mais à tout le moins, s'il faut installer un parking de transit dans la zone, il faut réaliser que le parking de Roodebeek ne convient pas. Il n'a qu'une petite capacité et il est impensable, à cet endroit situé au creux de la vallée, d'y ajouter des niveaux de parking souterrains. Par contre, il y a sur le site de l'UCL assez d'espace pour faire un véritable parking de transit de grande capacité et en relation directe avec le métro. Prenez par exemple le parking Mounier. Il faudrait investir pour l'agrandir mais l'espace, il est là.

 

Quelle est votre position par rapport au plan START ?

 

Comme toutes les autres communes de l'est de Bruxelles nous nous sommes opposés au projet d'élargissement du ring qui s'intègre dans le plan START. Mais c'est à la Région, qui dispose de moyens pour réaliser des analyses fouillées, de jouer un rôle de coordination. Je suis demandeur d'une concertation plus étroite entre communes et Région sur des dossiers comme ceux-là. Quant au projet de développement des activités aériennes, nous sommes tous d'accord pour dire que cet aéroport a pour vocation de se limiter à une desserte européenne et seulement de jour. Aussi longtemps que l'on ne reviendra pas à l'idée de Guy Verhofstadt de créer ailleurs en Belgique ou dans un pays limitrophe un aéroport à vocation internationale, je crois que l'on ne pourra jamais apporter la bonne réponse. Le problème est que la Flandre veut faire de ce qu'elle appelle l'aéroport de Zaventem un pôle de développement économique très fort. Ce divorce là, je ne sais pas comment on va le résoudre. Je ne suis en tout cas pas du tout disposé à voter une loi de procédure qui fixerait le cadre d'exploitation de l'aéroport sans établir un plafonnement des activités aériennes, sans création d'un organisme de contrôle indépendant, sans normes de vent permettant un rétablissement de l'habitabilité, etc.

 

Dans le cas où un "gouvernement provisoire" serait mis sur pied, lequel serait une formule intermédiaire entre un gouvernement en affaires courantes et un gouvernement normal, serait-il admissible qu'un Secrétaire d'état se trouvant sous le coup d'une inculpation pour délit d'initié, Etienne Schouppe, puisse se voir expressément reconduit dans ses fonctions ?

 

Je ne conçois pas qu'un ministre qui fait l'objet de poursuites pénales puisse rester en fonction dès lors qu'il n'est pas dans un gouvernement démissionnaire. En somme, si le gouvernement n'avait pas été démissionnaire, Etienne Schouppe aurait dû partir. Si nous allons vers un gouvernement provisoire, il ne peut pas y rester. Ce problème n'a pas encore été évoqué dans les instances du MR mais le retrait d'un ministre inculpé est une règle tellement élémentaire que je ne vois pas comment on pourrait y déroger.

 

Au niveau des négociations institutionnelles, quelles sont selon vous les conditions d'un accord équilibré ? Que peut-on concéder aux exigences flamandes et en échange de quoi ? Plus précisément, quelle est la valeur d'échange de l'élargissement de la Région bruxelloise ?

 

 

Il y a des transferts de compétences qui nous paraissaient inconcevables qui peuvent être mis sur la table. Je pense par exemple à un transfert partiel des compétences en matière de justice, quand il s'agit de justice de proximité. Pas intégralement ce qui se trouve dans la note de Bart De Wever mais à un certain degré oui. Ce n'était vraiment pas mon choix au départ mais si l'on parle de cela, alors il faut une contrepartie pour les francophones qui soit très significative. A coup sûr l'élargissement de Bruxelles, le changement profond du statut de la périphérie, une autonomie de la Région bruxelloise qui doit être bétonnée et sans les mécanismes de blocage qui la pénalisent. Je n'aurai jamais de cesse de dire que les francophones qui prendraient la responsabilité d'enfermer définitivement Bruxelles dans la Flandre commettraient la pire des erreurs historiques. Il faut vraiment n'avoir aucun sens de l'histoire, aucune vision et penser avec des œillères pour ne pas comprendre que laisser Bruxelles dans les 19 communes, c'est à terme perdre Bruxelles. D'abord, c'est économiquement intenable. Mais c'est en plus permettre au Mouvement flamand de dire dans les années qui viennent que, de la même manière que BHV a été une "anomalie" qu'il fallait régler toutes affaires cessantes, l'existence même de Bruxelles comme Région dans le territoire enclavé de la Flandre est aussi une anomalie et ils feront tout pour que Bruxelles passe sous contrôle de la Flandre d'une manière ou d'une autre. C'est le piège dans lequel il ne faut pas tomber. Il nous faut absolument le lien territorial avec la Wallonie. On ne peut pas ignorer la demande d'une plus grande autonomie des régions venant de la Flandre. Mais puisque les flamands sont demandeurs, il faut leur dire que l'élargissement de Bruxelles est le passage obligé pour une grande réforme de l'état.

 

 

Que feriez-vous si la possibilité d'un accord pour un désenclavement de la Région bruxelloise par la création d'un corridor situé à Rhode-St-Genèse se présentait à un moment donné ? Saisiriez-vous cette chance, peut-être unique, de voir se créer une continuité territoriale entre Bruxelles ou la Wallonie ? Ou bien poseriez-vous le veto dont vous disposeriez, le cas échéant, pour dire "pas de désenclavement géographique sans élargissement sur un mode démocratique" ?

 

Si ce n'est qu'un corridor à travers la forêt de Soignes, je dirais que c'est une farce, une fausse solution qui serait ensuite remise en cause. Il faut négocier ensemble une sortie des 6 communes à facilités de Flandre et en même temps l'établissement d'un lien territorial avec la Wallonie. L'idéal serait la consultation des conseils communaux qui se prononceraient ou, à tout le moins, la consultation des habitants.

 

Que répondez-vous à l'argument que votre présence à la table des négociations rendrait encore plus difficile la conclusion d'un accord institutionnel ?

 

Je constate que lorsque je ne suis pas à la table des négociations il n'est pas plus aisé de trouver un accord. Il est assez ridicule qu'entre francophones l'on cherche à savoir qui est plus fort ou plus faible, qui est plus ou moins déterminé. C'est tellement médiocrement partisan. La seule manière d'arriver à des résultats concrets en faveur des bruxellois et des francophones de la périphérie est d'établir une ligne de conduite entre partis francophones à ce point certaine, inébranlable et irréversible que les partis flamands sachent une fois pour toute quel est le passage obligé pour une réforme de l'état. Aussi longtemps que les partis flamands pourront croire qu'il sera possible d'obtenir plus sur un aspect de la part d'un parti francophone et que sur un autre aspect ils croiront pouvoir soutirer davantage de concessions à un autre parti francophone, nous serons emmenés dans des logiques désastreuses. Il faut que quel que soit le parti francophone qui mène les négociations, les partis flamands sachent qu'il est à même de parler au nom des autres. Mais je pense que la NVA va finir par amener les partis francophones à se poser cette vraie question. Je le souhaite en tout cas. C'est peut-être le service qu'est en train de nous rendre Bart De Wever dans ses excès. Il revient à chacun des quatre partis francophones de fixer leur périmètre sacré, de se concerter pour établir ce qu'ils n'accepteront jamais de sacrifier et ce qu'ils considèrent indispensable pour qu'un accord soit conclu. Quels que soient les partis francophones associés aux négociations, il faut pouvoir établir le minimum minimorum qui forme leur volonté commune. Sur base de quoi, chaque parti peut encore marquer ses préférences dans telle ou telle matière. Si nous pouvions faire ce travail là, je suis certain que tout changerait dans les négociations institutionnelles. Les francophones sont minoritaires en Belgique. Aussi longtemps que la majorité flamande peut jouer la division entre francophones, elle gagne à tous les coups. C'est tellement évident. Tellement mathématique.

 

Faut-il pour autant que le MR rejoigne nécessairement les coalitions en place dans les exécutifs en Région bruxellois et en Région wallonne ?

 

Lorsque l'on a fait la grande réforme de l'état de 1980 qui a permis de mettre en place les régions, pour la première législature, on avait composé les gouvernements de la Région wallonne et de la communauté française à la proportionnelle des forces démocratiques, sans toucher à l'équilibre au fédéral. C'était une manière de stabiliser le système que l'on mettait en place. Si l'on fait une grande réforme de l'état qui soit comparable voire plus importante que ce que l'on a fait à cette époque, pour justement éviter les conflits partisans qui déforcent le point de vue francophone, cela n'aurait rien de déshonorant pour les partis en place d'associer tous ceux qui auraient contribué à un accord. Et cela ne pourrait durer que le temps d'une partie de législature. Je trouve que ce serait l'intérêt de tous les francophones. Maintenant, si ce n'est pas pensable pour certains, on verra à ce moment-là ce que l'on fait. Pour moi, le plus prioritaire est de se mettre d'accord entre partis francophones sur le périmètre sacré que je viens d'évoquer. C'est le plus important. Si l'on s'est mis d'accord là-dessus, que le MR soit dans la majorité ou dans l'opposition aux régions, j'avoue que je suis moins inquiet.

 

 

Propos recueillis par G. van Outryve d'Ydewalle le 27/10/2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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