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Le 4 octobre 2010

 

 

 

Interview exclusive de Benoît Cerexhe

Quelle réalité économique et sociale à Bruxelles-Est ?

 

 

Sur le plan économique en Région bruxelloise, comment évaluez-vous l'importance relative des communes de l'est de Bruxelles (Woluwe-St-Pierre, Woluwe-St-Lambert, Auderghem) ? Quels sont vos moyens d'action pour stimuler les activités dans cette zone ?

 

Les 3 communes de l'Est de Bruxelles accueillent environ 3500 entreprises, soit un peu plus de 10 % de l'ensemble des entreprises situées en Région bruxelloise. Ces 3500 entreprises proposent environ 54.000 emplois, soit moins de 8 % de l'emploi total existant dans notre Région. Le secteur tertiaire y est proportionnellement mieux représenté qu'ailleurs dans la Région. On dénombre ainsi environ 1500 entreprises répertoriées dans la classification « Service aux entreprises » (soit 11% de l'offre bruxelloise en ce domaine). Auderghem, Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre abritent encore un millier de commerces. Les communes de l'Est de Bruxelles présentent encore de beaux potentiels de développement. Les terrains de la SNCB situés à Delta, acquis par la Région bruxelloise, sous la législature précédente, représentent une réserve foncière de premier plan. De même, la redynamisation économique de la zone Marcel Thiry, à Woluwe-Saint-Lambert, constitue pour le gouvernement bruxellois une vraie priorité. Dans le contexte toujours plus prégnant de concurrence économique entre Bruxelles et sa périphérie, la Zone Marcel Thiry, à quelques centaines de mètres à peine des zonings situés de l'autre côté de la frontière linguistique, est stratégique. L'amélioration de son accessibilité, notamment en transports en commun, et une meilleure diversification des fonctions dans la zone doivent permettre de relever ce défi et offrir aux entreprises des opportunités d'établissement attrayantes.

 

Benoît Cerexhe, Ministre de l'Economie et de l'Emploi de la Région de Bruxelles-Capitale

 

En matière d'emploi dans ces communes dites "bourgeoises", quels sont les objectifs que vous vous fixez, tant sur le plan de l'offre que de la demande ?

 

Je réfute le qualificatif de communes dites « bourgeoises »... qu'il conviendrait d'opposer à d'autres communes prétendues moins « bourgeoises ». Que recouvre d'ailleurs ce terme? Auderghem, Woluwe-Saint-Lambert et Woluwe-Saint-Pierre sont trois communes bruxelloises, formant avec 16 autres communes la Région de Bruxelles-Capitale. Elles présentent, toutes, un certain nombre de caractéristiques, géographiques, architecturales, sociétales, économiques, historiques, qui en font, toutes, des communes particulières, avec des atouts, des contraintes, des opportunités, des faiblesses. En terme d'emploi, les trois communes de l'est de Bruxelles se caractérisent évidemment par un taux de chômage nettement moins important que d'autres communes de la Région bruxelloise. Woluwe-Saint-Pierre est d'ailleurs la seule des 19 communes à présenter un taux de chômage inférieur à 10 %, alors que Woluwe-Saint-Lambert et Auderghem présentent un taux de chômage avoisinant les 12 %. Mais il ne faut pas s'y méprendre, ce n'est pas parce que ces trois communes ont un taux de chômage plus bas que bien d'autres communes de la Région bruxelloise, que leurs habitants ne sont pas frappés, comme les autres, par la crise économique que nous subissons maintenant depuis plusieurs années. En deux ans, le nombre de demandeurs d'emploi y a crû dans les mêmes proportions que sur l'ensemble du territoire régional, à savoir environ 20 %. Comme ministre régional de l'Emploi, je cherche d'abord à mener une politique à l'échelle de la Région bruxelloise, et d'apporter des réponses aux principales causes qui expliquent le fort taux de chômage dans notre Région. Je peux en citer quelques-unes : la méconnaissance des langues – et du néerlandais en particulier ; la trop faible qualification des jeunes à la sortie des études ; les discriminations à l'embauche ; la trop faible mobilité géographique des demandeurs d'emploi.. A ces causes identifiées, des réponses structurelles ont été apportées ces 5 dernières années : le budget des chèques-langues dont peuvent disposer les demandeurs d'emploi a été multiplié par 750 %; pour pallier le sous-équipement des écoles techniques et professionnelles, plus de 5 millions d'euros ont été injectés dans ces établissements pour permettre aux élèves d'apprendre leur métier sur du matériel up-to-date; pour favoriser la recherche d'emploi ailleurs qu'en Région bruxelloise, j'ai passé un accord – le premier du genre – avec la Flandre pour favoriser la mobilité des demandeurs d'emploi : résultat, la navette sortante en 3 ans a progressé de plus de 15 %. Ces politiques d'intérêt régional n'excluent pas pour autant certaines approches plus locales dans certains cas. J'ai ainsi décidé dès la législature précédente de décentraliser les services de l'Office régional pour l'Emploi, Actiris. Actiris aura d'ici quelques semaines une antenne spécifique dans chacune des communes de la Région bruxelloise. Cette approche locale permet d'offrir aux demandeurs d'emploi un service plus proche, mieux adapté à ses besoins ; en termes de service aux employeurs également, la décentralisation des services d'Actiris permet une meilleure proximité et donc une meilleure connaissance du terrain économique et des opportunités que ce dernier peut offrir. Cette nécessaire approche plus locale s'observe également dans ma décision récente d'accorder un subside, via l'engagement d'un manager spécialisé, au quartier commerçant Georges Henri, situé sur le territoire de Woluwe-Saint-Lambert, afin de relever, avec la commune, les défis auxquels les commerçants de ce quartier sont aujourd'hui confrontés.

 

A Bruxelles-Est, aussi bien sur le territoire de la Région Capitale que dans les communes à facilités, nombreux sont ceux qui s'inquiètent des objectifs de développement de la zone aéroportuaire poursuivis par la Flandre. Que pensez-vous des effets potentiels du Plan START sur le plan économique, de l'emploi, de l'environnement, de la mobilité, etc ?

 

La Flandre a bien compris tout le pouvoir d'attraction qui émane de Bruxelles. Et les potentialités que ce pouvoir d'attraction offre en termes de développement économique, de création de richesses, de gisement d'emplois. Elle entend donc maximiser ces potentialités. On ne peut, sur le fond, lui en faire le reproche. Là où je serai plus critique c'est lorsque cette volonté de maximisation des potentialités voulue par le plan START s'habille d'atours qui ne disent pas leur nom directement mais qui relèvent in fine de la concurrence économique entre la Flandre et la Région bruxelloise. Nous devons, comme Bruxellois, être particulièrement vigilants par rapport à des politiques économiques développées par le Nord du pays qui viseraient moins à créer in globo de la richesse qu'à capter, pour son propre profit, des entreprises situées aujourd'hui à Bruxelles en les attirant sur des zonings du Brabant flamand. Je ne cesse de répéter que la concurrence implacable en ce domaine n'est bonne ni pour Bruxelles ni pour la Flandre. Nous devrions, au contraire, concerter davantage nos politiques de développement économique, au sein d'une communauté urbaine par exemple. Le débat actuel sur la construction de deux galeries commerciales de grande envergure de part et d'autre de la frontière linguistique, à moins de 3 kilomètres de distance, démontre toute la pertinence d'une concertation sur la manière dont on assure les cohérences entre Bruxelles et son hinterland socio-économique. Au-delà de cette concurrence, et des risques qu'elle comporte, il faut aussi voir le coût environnemental que la politique de maximisation des potentialités peut générer dans la zone « START » : élargissement du ring, accroissement des activités aéroportuaires, imperméabilisation accrue des sols, friches industrielles en devenir (les immeubles de bureaux sur les zonings d'activités économiques ont des durées de vie de plus en plus restreintes), etc.. Or, dans le monde d'aujourd'hui, on ne peut penser développement économique sans tenir compte d'un autre enjeu plus fondamental encore, celui du développement humain des populations concernées.

 

Les bourgmestres des communes de l'est de Bruxelles sont tous MR et donc … dans l'opposition au niveau de la Région bruxelloise. Comment se passe la collaboration entre pouvoir communal et régional en ce qui concerne l'exercice de vos compétences ministérielles ?

 

Elles sont excellentes. Il faut arrêter de croire que les relations ne peuvent être qu'impossibles entre responsables régionaux et communaux, qui plus est lorsque ces responsables sont de formations politiques différentes. J'ai déjà évoqué plus haut le processus de décentralisation d'Actiris et la création d'antennes communales de l'Office régional de l'Emploi. Les 3 communes de l'Est de Bruxelles sont toutes équipées d'une telle antenne, en parfaite collaboration avec les autorités locales. Auderghem fut même la deuxième des 19 communes de la Région à pouvoir en bénéficier bien avant des communes présentant des taux de chômage pourtant supérieurs. De même, en ce qui concerne, la réflexion que nous menons sur la redynamisation du quartier commerçant Georges Henri se fait en parfaite collaboration et intelligence avec l'échevine des Classes Moyennes de Woluwe-Saint-Lambert. Vous savez, j'ai toujours fait mien le principe suivant lequel l'intérêt commun doit primer sur les intérêts particuliers.

 

La Présidente du cdH Joëlle Milquet a déclaré que des communes comme Crainhem et Wezembeek-Oppem ont vocation à rejoindre la Région bruxelloise car elles relèvent de la même réalité sociologique. Partagez-vous ce point de vue et pourriez-vous le développer ?

 

Il est évident que ces deux communes, comme d'autres de la périphérie, développent des caractéristiques qui les lient, sociologiquement, à la réalité bruxelloise. A ce titre, elles ont naturellement vocation à intégrer à terme l'espace régional bruxellois. Je rappelle que les Conseils communaux de ces deux communes ont manifesté à plusieurs reprises leur volonté dans ce sens.

 

 

GVODY

 

 

Propos recueillis le 6/09/2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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