Le 7 avril 2011
Interview exclusive de Paul-Henry Gendebien
Un destin français pour les bruxellois ?
Que répondez-vous aux personnes qui jugent irréaliste l'éventualité d'une incorporation de la Région bruxelloise à la France ?
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Paul-Henry Gendebien
Co-Président du RWF-RWB
Ancien Député fédéral (PSC) |
Réaliste ou pas, je refuse aujourd'hui comme demain de brader les six communes à facilités, enjeu majeur et atout maître de la future négociation de divorce à l'amiable qui, inévitablement, mettra fin à l'Etat belge. Le réalisme c'est, non pas de céder mollement en vue d'une fausse paix, mais anticiper et oser. La solution française est la seule réaliste même si elle est difficile. Les autres formules pour l'après Belgique ne le sont pas. Le confédéralisme est une vue de l'esprit; l'état Wallonie-Bruxelles, état-confetti non viable économiquement, serait un leurre qui s'effondrerait après quelques mois; le district fédéral européen n'est pas une idée sérieuse sur le plan juridique et d'ailleurs il n'est que le fruit d'un calcul de certains flamands qui l'ont inventé pour dissocier Bruxelles et la Wallonie. La crise terminale belge postule une internationalisation de la solution, à savoir un arbitrage européen pour la question des nouvelles frontières d'état à fixer démocratiquement. Des referendums organisés dans chacune des six communes à facilités le permettent. La Flandre n'obtient sa reconnaissance internationale et le droit d'adhérer à l'Union européenne qu'à la condition stricte de respecter les droits de l'homme et notamment le droit à l'autodétermination des communes à facilités. Le réalisme n'est pas dans la résignation. Etait-il "réaliste" d'entrer dans la Résistance dès 1940 ?
Dans votre optique, quel serait le sort réservé aux francophones de la périphérie et aux communes à facilités ?
Les six communes à facilités, ou une partie d'entre elles, adhèrent à la Région bruxelloise, laquelle devient Région de France, au même titre que la Wallonie. En se ralliant à Bruxelles, les six communes deviennent des communes bruxelloises à part entière, sans différence de statut. Il n'y a donc plus lieu de parler de "facilités". Les habitants de la périphérie hors de ces six communes bénéficient d'un régime de minorité protégée, non seulement en vertu de la Convention cadre (ndlr : du Conseil de l'Europe) mais aussi et surtout en application d'un traité international entre la France et la République de Flandre. Ce traité est fondé sur une réciprocité rigoureuse : la minorité flamande de Bruxelles n'est protégée que si le minorité francophone de Flandre est protégée.
Quelles seraient les implications concrètes pour les bruxellois s'ils étaient appelés à devenir français ?
Comme les wallons, les bruxellois des 25 communes deviennent citoyens d'un état digne de ce nom, où la loi garantit les droits. Ils détiennent la sécurité institutionnelle, la défense de la langue et de la culture, la sécurité sociale, un régime fiscal nettement plus favorable que le régime belge pour ce qui est de l'impôt sur les personnes physiques pour les petits et moyens revenus. Les bruxellois ne sont pas isolés, ni étranglés par la Flandre. Ils sont dans le même état que les wallons, mais gardent leur région avec les avantages substantiels qui suivent :
1/ Une gestion communale plus rationnelle inspirée du système en vigueur à Paris, Lyon et Marseille.
2/ Un Parlement régional unique, débarrassé de tous les sous-produits que sont les commissions communautaires.
3/ La fin de la parité et du véto (ndlr : des ministres bruxellois néerlandophones) à la Région.
4/ La suppression du bilinguisme dans les services publics, avec des conséquences positives pour l'emploi francophone.
5/ La fin des quotas forfaitaires d'élus flamands dans les collèges communaux et au Parlement régional.
6/ Le déménagement des institutions flamandes vers le territoire flamand.
7/ Le maintien de l'Union européenne à Bruxelles et la tenue à Bruxelles de sessions du Parlement européen.
Comment voyez-vous évoluer l'attitude de la France, et celle d'autres pays européens, par rapport à la crise institutionnelle belge ?
Nous savons que la France est très attentive à ce qui se passe ici, et au sort des 4,7 millions de francophones belges. Cela dit, elle respecte pour l'instant un devoir de réserve et de non ingérence que nous comprenons. La position officieuse de Paris est clairement la suivante :
a/ La France fera mouvement lorsque le décès de l'Etat belge sera constaté.
b/ La France répondra favorablement à une demande des wallons et des bruxellois pour autant qu'elle émane d'une autorité "légitime et représentative", par exemple des deux parlements régionaux ou du gouvernement de la Communauté française.
c/ Ces deux conditions étant réunies, la France se montrerait intéressée et répondrait favorablement; ce qui ne préjuge pas du statut final des deux régions, à négocier.
L'Europe, et la France notamment, avaient loyalement accepté la réunification allemande en 1990. Il serait inacceptable que demain l'Union européenne tente de s'opposer à une "réunification française" qui contribuerait incontestablement à une pacification belge et à une stabilité européenne nécessaire.
Interview écrite réalisée le 25 mars 2011.
Pour plus de détails, voir le récent livre de Paul-Henry Gendebien, "La raison et le cœur – Oui à la France", édité aux Editions Mols.
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