Le 10 juin 2011
Le meilleur remède au nationalisme
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Gauthier van Outryve
d'Ydewalle, Rédacteur
en Chef des Nouvelles
de Bruxelles-Est |
La maladie nationaliste dont souffre notre société est-elle passagère ou annonciatrice d’une longue dégénérescence ? Tout dépendra des soins donnés au patient et de la réponse des anticorps. Le traitement est bien connu. Le siècle qui précède a permis de mettre en lumière que seul le rapprochement des identités permet à l’homme de neutraliser les germes d’antagonisme que celles-ci contiennent. C’est ce qu’a démontré la construction européenne. C’est aussi le projet du fédéralisme belge. Il appartient aux politiques de le comprendre et de le faire valoir. Quant aux anticorps, c’est nous. Les citoyens, les individus. Que chacun réagisse comme il faut et le patient guérit. Si l’anticorps se fait paresseux, s’il fait pire en mutant pour devenir cellule cancéreuse, elle-même communicatrice de sa capacité de destruction ; alors la maladie peut gagner. La tendance au progrès civilisateur, la paix, la solidarité avec les plus démunis, la prospérité accessible au plus grand nombre, la préservation de la planète : tout cela peut mourir dans une société où les identités s'affrontent au lieu de se rapprocher. L'acte individuel le plus opposé au projet nationaliste est simple. Pour un francophone et un flamand qui le souhaitent, il consiste à créer une relation d’amitié. Qu'elle dure ensuite toute la vie ou un moment seulement, chacune de ces rencontres privilégiées font du bien à toute notre société. Elles ont valeur d'exemple et produisent un effet positif systémique. Un très vieux Monsieur, Stéphane Hessel, nous rappelle qu'il faut s'indigner contre l'affaiblissement de la démocratie en participant plus activement au débat d’idées. Une grande Dame, la philosophe Hannah Arendt, a souligné l’importance d’un engagement participatif non moins essentiel en identifiant le respect de la pluralité - et non de l’identité - comme parade à la dérive totalitaire. Elle a mis en lumière que l'amitié, principe actif déclencheur du dialogue, est constitutif du vivre-ensemble. Il est vrai que pour un fransquillon, devenir l’ami d’un flamingant rabique animé d’une rancœur absurde à l’encontre de gens qui ne lui ont rien fait, qu’il ne connaît même pas, n’est pas une sinécure. Mais il y a tellement de flamands et de francophones qui ne demandent pas mieux que de se dire foutaises que ces exclusives, vetos, tabous. Si connaître la langue de l’autre aide à se rapprocher, c’est vraiment bien. Si l’un des deux parle avec quelques difficultés le langage de son nouvel ami, ce n’est pas non plus un crime. L'amitié, c'est aussi accepter les défauts et faiblesses de quelqu'un. Le choix des mots et l’intention qui les anime, plus encore que la langue, c’est cela qui compte. A voir Bart De Wever omniprésent dans les médias francophones pour ressasser mille choses inamicales dans le but de creuser un fossé le plus profond possible entre ceux du nord, du sud ou du centre, l’on se prête à penser que la Belgique serait plus heureuse s’il n’avait su parler que le flamand.
Gauthier van Outryve d'Yydewalle
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