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COMMUNE - Le 11 janvier 2010

 

 

 

Dialoguer ? Oh Oui !

 

 

   
     

Notre interview de Luk Van Biesen, Député fédéral Open-VLD qui a voté la scission unilatérale de BHV à la Chambre, qui est un ancien représentant de la Volksunie, qui a soutenu Marino Keulen dans le refus de nomination des trois bourgmestres des communes à facilités, nous invite à réfléchir aux potentialités qu'offriraient un réchauffement des relations entre les deux grandes communautés du pays. L'idée avancée par Luk Van Biesen d'un dialogue plus ouvert dans le débat communautaire, c'est à dire beaucoup moins bloqué par les tabous, est une nécessité sur laquelle tous les esprits de bonne volonté pourront s'accorder. Il faut vouloir qu'un maximum d'intervenants en Flandre puissent se sentir plus libres qu'aujourd'hui pour exprimer des opinons qui se situent en dehors de la logique étouffante du "bon flamand". Certes, il convient de ne pas céder à un angélisme aveugle. Soyons conscients que certaines de ces expressions seront sincères et d'autres davantage inspirées par des motivations politiciennes et tacticiennes. Le citoyen n'est pas idiot et il saura faire la part des choses entre les actes posés et les vaines paroles.

 

L'indépendantisme en Flandre, une donnée incontournable

 

Dans les deux communautés qui composent notre pays, il ne peut être que salutaire de développer la capacité d'écoute de l'autre. Flamands, wallons et bruxellois ont le droit d'exprimer leurs besoins respectifs. Les négociations institutionnelles doivent viser à trouver un équilibre, le meilleur possible, dans la prise en compte respectueuse de chacun de ces besoins. Lorsqu'ils sont légitimes. Mais il faut voir que réclamer l'enclavement de Bruxelles en Flandre, sous le prétexte de devoir scinder l'arrondissement électoral de BHV, constitue une demande illégitime. A quel titre ? Tout simplement parce qu'il est vital pour la Belgique de conférer à sa Région Capitale bilingue une position centrale, accessible de façon équitable et égale à la Flandre et à la Wallonie. Sans quoi les forces centrifuges qui menacent la Belgique d'éclatement finiront par prédominer à coup sûr. Contrairement à ce que Luk Van Biesen avance dans son interview, les nationalistes indépendantistes ne forment pas une minorité négligeable en Flandre. Il serait fautif, irresponsable et imbécile de la part de la classe politique francophone de ne pas voir à quel point l'enclavement définitif de Bruxelles en Flandre serait de nature à renforcer l'influence des partis flamands en faveur de l'indépendance, y compris ceux qui s'affichent trompeusement comme de simples autonomistes. Après une scission complète de BHV, sûrs de pouvoir garder la main posée sur "la capitale de la Flandre", chaque crise ou crisette donnerait prétexte à la NVA, au Vlaams Belang, à la Lijst De Decker et à quelques autres élus dans les partis dits traditionnels de réclamer à cor et à cri la scission du pays. Les quarante pourcents qu'ils totalisent ensemble dans les sondages ne constituent-ils pas un signal assez alarmant ? Une récente étude statistique pointue a montré que le plein potentiel électoral de la seule NVA s'élève à 31% (si l'on tient compte de ceux qui ont hésité à voter pour ce parti). Or, les analystes politiques avertissent que toutes les formations politiques parviennent à un moment donné à rassembler leur maximum de voix. Ce constat nous force à considérer que pour la Belgique, il est minuit moins une.

 

Ne pas perdre de vue l'essentiel

 

Il existe des mesures qui contribueraient à réaffirmer l'unité de la Belgique. C'est vrai. Comme par exemple la création d'une circonscription fédérale qui permettrait à tous les belges d'élire un noyau de parlementaires chargés de donner un peu plus de sens à la notion d'unité du pays. Fort bien. Ou encore la mise sur pied d'une Communauté urbaine pour gérer dans le respect réciproque les matières qui concernent à la fois la Région bruxelloise et sa grande périphérie. Parfait. Il serait possible de conforter les droits culturels des francophones en périphérie et de mettre fin aux mesquines vexations qui les visent. Impeccable. L'on pourrait enfin nommer les trois bourgmestres qui ont refusé d'appliquer la très déloyale circulaire Peeters. Magnifique. Mais en quoi la capacité potentiellement constituante du Vlaams Parlement de déclarer l'indépendance de la Flandre serait-elle pour autant réduite ? Alors que la scission complète de BHV aurait, au même moment, multiplié par cent le risque de voir se réaliser le scénario "Bye, bye Belgique". Par cent ! Tant que cela ? Oui, une telle appréciation n'est pas excessive puisqu'il suffirait que la disparition de la menace de perdre Bruxelles achève de convaincre seulement onze pourcent des électeurs flamands, lesquels s'ajouteraient aux quarante déjà acquis par les partis indépendantistes susnommés, pour rassembler une majorité au Parlement flamand qui pourrait, en fonction de sa seule volonté, voter unilatéralement la scission du pays. C'est pourquoi, dans les négociations à venir sur le sort de l'arrondissement de BHV, la condition posée avec clarté du non enclavement définitif de Bruxelles en Flandre sera la plus équilibrée et modératrice qui soit.

 

Désenclaver Bruxelles, c'est en réalité la voie de la modération

 

Associer l'idée d'un recentrage géopolitique de Bruxelles à l'un ou l'autre scénario institutionnel cataclysmique n'est pas, comme il pourrait paraître, le fruit du bon sens. Ce n'est qu'un acte de soumission à un tabou nationaliste, c'est à dire un abandon du principe de rationalité qui rend possible une erreur historique. Dans une société civilisée, les tabous doivent céder la place aux arguments. Sans quoi il ne faut pas s'étonner que le débat politique s'enfonce dans l'absurdité et un vrai dialogue devient impossible. Il en va de même pour les exagérations que pour les tabous. Il serait heureux que le débat communautaire s'apaise assez pour qu'il soit enfin possible de discuter de façon "adulte", pour reprendre le terme de Luk Van Biesen, d'une extension limitée de la Région bruxelloises. Il n'y a aucun sens à identifier la demande d'élargissement de Bruxelles à un seul petit parti, en l'occurrence le FDF. A cet égard, il est significatif qu'à Crainhem, la commune où Luk Van Biesen est Conseiller communal, les élus francophones de chaque sensibilité politique aient tous souscrit à une "Déclaration de principe" (voir le texte ci-joint) qui invoque la légitimité d'une réunion des communes à facilités à la Région bruxelloise dans le cadre d'un processus démocratique basé sur la consultation des populations.

 

Savoir tendre la main, surtout s'il faut aborder des sujets difficiles

 

Des francophones modérés doivent pouvoir s'adresser aux flamands de bonne volonté et oser dire, sans être pernicieusement taxé de provocateur, qu'il faut cesser d'avoir peur de l'effet tache d'huile que produit un mouvement naturel de mixité culturelle et linguistique dans et autour de Bruxelles. Ou, parfois, de feindre cette peur pour occulter des prétentions moins avouables. Pour les flamands comme pour les francophones, le concept de désenclavement de Bruxelles par son élargissement devrait être appréhendé comme le projet positif commun qu'il doit être pour prendre tout son sens. Afin d'alimenter la confiance en vue de rendre un tel projet possible et souhaitable, les francophones doivent commencer par montrer leur volonté de faire en sorte que les néerlandophones de Bruxelles se sentent bien chez eux. Convaincre de cela les quelques milliers de ménages néerlandophones des communes à facilités qui se réuniraient à Bruxelles deviendrait le premier devoir de la classe politique francophone. Jusqu'à présent, aucun politique francophone n'a cru bon de mettre en exergue cette nécessité. N'est-ce pas, pour le moins, inconséquent ? Il faut aussi fournir l'assurance à la Flandre, de la façon la plus formelle qui soit, qu'aucune autre remise en cause ultérieure de la frontière linguistique ne sera plus jamais envisagée. Surtout, il faut établir que l'élargissement de la Région bruxelloise doit aller de pair avec le renforcement de ses liens avec la Flandre, ni plus ni moins qu'avec la Wallonie. La vocation de Bruxelles, capitale de la Belgique et de l'Europe, est de servir de moteur économique au service de tout le pays. En matière de réformes, il est évident que bien d'autres besoins légitimes exprimés par la Flandre pourraient être pris en considération avec plus de bienveillance, dans la pleine mesure de ce qui est possible et raisonnable, si la mise de Bruxelles au vrai centre du pays pouvait avoir lieu dans le cadre de négociations pacifiques. Autant il est vrai que la scission complète de BHV est de nature à mener le pays à l'éclatement, autant le recentrage géopolitique de Bruxelles, délivrée une fois pour toute de la menace de son enclavement, aurait pour effet de stabiliser la Belgique, d'améliorer le fonctionnement de sa mécanique institutionnelle et de pacifier durablement les relations entre communautés linguistiques.

 

Le nationalisme en Flandre représente un coût

 

Afin de mieux maintenir le projet de s'affranchir de la Belgique, les partis indépendantistes en Flandre feignent de ne pas voir qu'il serait plus profitable aux flamands de s'entendre avec les francophones pour lutter de concert contre la crise économique, plutôt que de s'épuiser en tentatives pour les dominer avec plus ou moins d'efficacité. L'abandon du rêve indépendantiste, que le désenclavement accompli de Bruxelles rendrait possible par sa réunion aux communes à facilités, ouvrirait la voie en Belgique à une logique identique à celle qui a fait, il y a cinquante ans, la fortune du continent européen. Jean Monnet et Maurice Schuman n'ont-ils pas assez démontré que le rapprochement des nations crée une plus-value en terme de richesse économique, notamment, à contrario de l'opposition des identités ? Le recentrage géopolitique de Bruxelles rendrait inévitable la diminution des conflits communautaires endémiques par le rapprochement systémique des économies. Comment cela ? Tout simplement parce que la Flandre aussi bien que la Wallonie seraient obligés d'entretenir une relation positive avec le principal moteur économique du pays. Négliger ou maltraiter le partenaire bruxellois, après le renforcement que lui apporterait son désenclavement, deviendrait automatiquement un luxe impayable aussi bien au nord qu'au sud du pays. Voilà pourquoi l'élargissement de Bruxelles, bien loin d'être synonyme d'éclatement de la Belgique, pourrait et devrait être considéré comme le point de départ d'un nouvel âge d'or pour chacune de ses composantes. Pour la Flandre, ce serait ouvrir la voie à une période d'essor économique à hauteur exacte du maximum de toutes ses potentialités. Combien coûte à la Flandre le temps perdu en guérilla linguistiques stériles et nuisibles à son image ? Quel est le prix de l'énergie gaspillée par la classe politique flamande dans les conflits communautaires ? Combien les flamands vont-il perdre à cause des tensions entre les partis traditionnels et les partis plus ou moins ouvertement indépendantistes qui ont vocation de bloquer tous les rouages auxquels ils ont accès pour tenter de démontrer que la Machine Belgique ne fonctionne pas ? Des milliards, des milliards, des milliards … Et combien coûterait la scission du pays à la Flandre ? Encore plus.

 

Les partis flamands traditionnels sont-ils aveugles ?

 

Le rêve malsain de la possibilité d'une appropriation future de Bruxelles par la Flandre est un cadeau benoitement offert aux nationalistes indépendantistes. Oui, un cadeau offert par leurs concurrents et adversaires politiques qui sont les partis traditionnels flamands lorsqu'ils font chorus pour refuser tout dialogue incluant l'idée d'étendre la Région bruxelloise aux communes à facilités. Franchement, à quoi pourrait bien encore servir la NVA aux citoyens flamands après que le mirage d'une prise de contrôle de Bruxelles par la Flandre se sera évaporé ? Car lorsque la Flandre sera confrontée à la totale certitude de perdre Bruxelles si elle veut acquérir son indépendance, le risque de voir une majorité se former au Vlaamse Parlement pour voter unilatéralement la scission de la Belgique aura été définitivement évacué. Et le moteur du courant nationaliste indépendantiste en Flandre aura disparu. Si un parti comme la NVA, dont la finalité essentielle est l'indépendantisme, réclame à cor et à cri l'enclavement maximal de Bruxelles à l'intérieur du territoire flamand, ce n'est pas tant par romantisme nationaliste. Ni au nom du droit du sol ou de l'intérêt supérieur de la Flandre. C'est au fond parce qu'il peut y perdre rien moins que sa principale raison d'être.

 

 

Gauthier van Outryve d'Ydewalle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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