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EDITORIAL - Le 2 septembre 2009

 

 

 

L’avenir en question du Palais Stoclet

 

 

 
   

Le récent classement du Palais Stoclet au rang de patrimoine mondial de l’humanité aurait dû être de nature à créer un déclic. Cela fait trop longtemps qu’il végète dans un statut intermédiaire indigne d’un chef d’œuvre architectural qui dépasse en valeur artistique, et très loin, la plus dorée des maisons reconstruites qui ornent la Grand-Place de Bruxelles. Habitués à la présence de ce palais, peut-être découragés par ses portes désespérément fermées, serions-nous devenus blasés au point de ne pas pouvoir réaliser pleinement son importance architecturale ? Car, au fait, quels bâtiments en Belgique peuvent rivaliser avec le Palais Stoclet sur le plan de la qualité esthétique ? Très peu si l’on veut suivre l’appréciation de l’UNESCO. En excluant les sites historiques et religieux, il n’y a guère que la Maison Horta pour prétendre au statut d’œuvre majeure dans l’histoire de l’art mondiale. Que l’on apprécie ou non, à titre personnel, le style de la création de Joseph Hoffmann, son statut d’oeuvre exceptionnelle est un fait. Et pourtant, le sort incertain du joyau sis sur l'avenue de Tervuren, au seuil des quartiers de l’Est de la Capitale, continue de laisser plus ou moins froids un grand nombre d’éminences bruxelloises. Qui veut donner un avenir au Palais Stoclet ? C'est-à-dire à l’édifice le plus raffiné et prestigieux que l’on puisse trouver sur le territoire de la Région centrale du pays. La question reste ouverte.

 

Comme un goût de trop peu

 

Le gouvernement bruxellois a prévu de consacrer 1,3 millions d’euros, d’ici 2014, pour participer à la rénovation des bâtiments qui se sont délabrés au fil des ans. Soit 50% du budget total. Mais c’est une rustine. Car selon les avis éclairés, c’est 4 à 8 fois trop peu par rapport aux besoins objectifs. Pour les seuls frais d’entretien, il faudrait compter 400.000 euros par an. Peut-on compter sur des héritiers en bisbilles pour assumer convenablement d’aussi lourdes charges ? Même si certains d’entre eux se montrent enclins à la bonne volonté, ce n’est pas évident. Force est de constater que les pouvoirs publics ont à jouer un rôle de plus grande responsabilité. Nulle part en Europe, lorsqu’il s’agit de la préservation et de la gestion d’œuvres architecturales les plus accomplies, l’on n’hésiterait à faire beaucoup mieux. Si le Palais Stoclet avait été construit à Vienne, comme prévu initialement, cela ferait longtemps qu’il serait valorisé comme il se doit.

 

Financer l’avenir

 

A terme, le rachat du Palais Stoclet à ses héritiers serait une solution évidente. Plus facile à dire qu’à faire. Pourtant, quelle autre approche serait de nature à donner un avenir durable à un tel édifice ? Vraisemblablement, il sera nécessaire de conjuguer plusieurs sources d’énergie pour parvenir à mener à bien un projet de cette ampleur. Considérons la maison de Victor Horta, l’actuel Musée Horta, comme point de comparaison. Celle-ci a été achetée par la commune de Saint-Gilles. La Communauté française et la Vlaams Gemeenschapscommissie soutiennent le musée avec le renfort de plusieurs entreprises mécènes. Certes, la commune de Woluwe-Saint-Pierre n’aurait pas les moyens de débourser les quelques 100 millions d’euros nécessaires au rachat du Palais Stoclet. Mais elle pourrait par exemple proposer de couvrir une partie des frais d’entretien annuels des bâtiments en échange d’une relative ouverture au public. Outre les différents niveaux de pouvoir belges, l’état autrichien pourrait se laisser tenter par une offre de participation. De même, le recours au mécénat d’entreprise offre un potentiel de financement considérable, absurdement inexploité.

 

Peut-être une piste : les institutions européennes

 

Il faut voir le Palais Stoclet comme le parfait symbole d’un esprit d’ouverture qui, il y a presque un siècle, faisait déjà fi des frontières entre états européens. Pour les créateurs idéalistes de la « Sécession viennoise » et de « l’Art total », il s’agissait de mettre fin à une vision étriquée de l’art national traditionnaliste et identitaire de la vieille Autriche. Lorsqu’Adolphe Stoclet a demandé à l’architecte Josef Hoffmann de le suivre à Bruxelles pour construire son chef d’œuvre, celui-ci n’a pas hésité. Pendant six ans, les artisans et artistes de la «Wiener Werkstatte» ont expédié à Bruxelles leurs plus belles réalisations. Le fait que la Capitale de l’Europe ait été si tôt le lieu d’une aussi magistrale démonstration de la libre circulation des idées et de la création culturelle européenne n’est pas anodin. Pour la Commission européenne, ou le Parlement européen, aider à la revalorisation du Palais Stoclet pourrait être un moyen de souligner l’importance de la relation privilégiée qu’elle prétend entretenir avec la Région bruxelloise. Tout en s’offrant l’accès à un endroit superbe et représentatif pour servir de cadre à de prochains moments forts de la construction de l’Europe de la culture.

 

 

Gauthier van Outryve d’Ydewalle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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