Le 15 novembre 2010
Le bassin de vie de Bruxelles-Est : une réalité et un défi
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Gauthier van Outryve
d'Ydewalle, Rédacteur
en Chef des Nouvelles
de Bruxelles-Est |
Au fil de notre expérience éditoriale, article après article, notre journal s'est donné pour vocation de mettre en lumière une évidence. A savoir qu'il existe un bassin de vie de Bruxelles-Est qui forme un ensemble sociologique remarquablement homogène. Dans les cinq communes qui le composent, les habitants fréquentent les mêmes pôles commerciaux ou culturels. Leurs habitudes et leurs besoins se ressemblent, tout comme leur environnement urbain. Ils subissent souvent les mêmes problèmes de mobilité, les mêmes contraintes environnementales. Bref, il existe bel et bien une sorte de "Brussels-East way of life" que les communes de Woluwe-Saint-Pierre, Woluwe-Saint-Lambert, Auderghem, Crainhem et Wezembeek-Oppem ont en partage.
Qu'est-ce qu'un "bassin de vie" ?
Un bassin de vie est néologisme créé en 2003 en France par l'Insee (Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques). Il s'agit de la plus petite "maille territoriale" où s'organise la vie quotidienne des habitants. Selon la terminologie officielle, c'est un «territoire présentant une cohérence géographique, sociale, culturelle et économique, exprimant des besoins homogènes en matière d'activités et de services". Sa délimitation se base sur le flux migratoire quotidien de la population (courses, navettes, loisirs, promenades …), lequel est largement conditionné par les équipements présents dans le bassin de vie en question. En France, ces équipements sont classés en quatre catégories : concurrentiels (les commerces), non concurrentiels (gendarmerie, installation sportive et culturelle, maison de retraite, bureau de poste, crèche, etc), santé (hôpital, médecin, pharmacie, etc) et éducation (école, collège, lycée professionnel).
Un ensemble cohérent mais non organisé
En matière de gestion des affaires publiques, il apparaît qu'en Région bruxelloise et dans sa proche périphérie cette notion de bassin de vie ne correspond à aucun degré d'action politique. Ni même de simple réflexion. Il y a un pouvoir régional d'une part et des pouvoirs communaux dispersés en 19 communes d'autre part. Une distance plus grande encore existe avec les communes de la proche périphérie les plus intégrées dans le tissu urbain. Mais il n'y a point de lieux où les élus de communes voisines et similaires peuvent partager leur réflexion lorsqu'il s'agit des besoins qui sont communs à leurs populations respectives. Autant il apparaît indispensable qu'une proximité s'établisse entre les citoyens et l'organe de gestion opérationnelle que constitue la commune. Autant il peut être enrichissant, à titre de démarche complémentaire, de tenir compte des interconnexions existantes avec les entités appartenant à ce même fameux bassin de vie. A cette fin, un espace de concertation et d'initiative reste à inventer.
L'exemple intéressant de New York
Certes la ville de New York compte une population qui dépasse 8 millions d'âmes. Mais la façon dont son caractère multipolaire a été pris en considération ne manque pas d'intérêt. Il y a 59 "community district" dans la grande pomme. Et ceux-ci sont rassemblés en 5 "burroughs" (Manahattan Queens, Brooklyn, Bronx, Staten Island). Ces entités ne constituent pas pour autant un niveau de pouvoir. Le rôle du "President of Burroughs" est en effet purement consultatif. Sans budget ni autorité, ils sont les avocats de leur communauté au sein de laquelle ils organisent la concertation. Toutes choses n'étant pas égales par ailleurs entre Bruxelles et New York, l'idée d'un lieu de réflexion et de concertation intermédiaire entre les communes et le pouvoir régional mérite que l'on se pose la question de son utilité. Ce faisant, à Bruxelles-Est, poser cette question sera comme y répondre, tant la réalité de son bassin de vie apparaît de façon immédiate.
Compenser les difficultés imposées aux communes à facilités
L'existence d'une frontière linguistique et régionale passant au travers du bassin de vie de Bruxelles-Est est sans aucun doute un élément qui renforce le besoin d'un rapprochement entre les communes qui le composent. Vouloir faire se distancier des entités qui se ressemblent autant ne répond pas au sens commun. Et il n'existe pas d'anomalie sans que la nécessité d'un correctif en découle. Au-delà des querelles linguistiques et des mesquineries politiciennes, prendre acte de l'existence d'une communauté de Bruxelles-Est ne peut que servir d'étape vers une meilleure prise en considération du bien-être de la population concernée.
Bruxelles et sa réalité multipolaire
Qu'on le veuille ou non, Bruxelles va devenir de plus en plus multipolaire. Au fur et à mesure de sa densification, il faut s'attendre à ce que les bassins de vie qui la composent conservent ou acquièrent des profils contrastés. Il n'est pas utile de voir là un mal ou un bien. C'est un fait sociologique qu'il vaut mieux intégrer, tout simplement. Si différences il y a, il s'agit d'organiser harmonieusement leur coexistence. Ce qui n'exclut certainement pas l'impératif de solidarité entre les bassins de vie d'un même ensemble. Il suffit pour l'admettre de reconnaître l'évidence de leur complémentarité. Les mesures spécifiques qui contribueront au bien-être dans tel ou tel bassin de vie bruxellois ne pourront que renforcer plus globalement Bruxelles. Inversement, ne pas exploiter les potentiels qu'offrent les ressemblances ne pourra qu'affaiblir la grande ville que nous affectionnons tous.
Gauthier van Outryve d'Ydewalle
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