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Le 15 mars 2011

 

 

 

Anodins, les interdits contre Télé-Bruxelles en périphérie ?

 

 

   
    Gauthier van Outryve
d'Ydewalle, Rédacteur
en Chef des Nouvelles
de Bruxelles-Est

A Crainhem ou Wezembeek-Oppem, comme dans le reste de la périphérie, pouvoir regarder les émissions de Télé-Bruxelles n'est pas chose aisée. Pourtant, la chaîne de télévision diffuse régulièrement des informations qui concernent la vie dans ces deux communes. Et beaucoup de reportages sur l'actualité bruxelloise présentent un intérêt tout à fait réel pour leurs habitants. La Foire du Livre ou Batibouw, les journées sans vélo, les problèmes de sécurité de la STIB … voilà qui intéresse au premier chef un crainhemois, non moins qu'un wolusanpétrusien. Ajoutons à cela que la connaissance des actes posés par les hommes et femmes politiques bruxellois est utile à l'exercice de la démocratie dans ces communes périphériques, dès lors qu’il est possible de voter pour eux lors des élections fédérales. Certes, il existe des médias imprimés ou électroniques (à l’instar de notre journal) qui traitent des mêmes sujets. Mais une chaîne de télévision spécialisée dans l'information bruxelloise est véritablement utile pour fournir une grande quantité d’informations au plus large public possible. S'il faut émettre de vifs regrets quant aux limitations de diffusion imposées à Télé-Bruxelles par le Ministre NVA Geert Bourgois, ce n'est pas pour alimenter le débat communautaire d'inutiles atermoiements. Mais bien pour rappeler qu'il existe un droit à l'information qui est fondamental. Avant d'être téléspectateurs, nous sommes citoyens.    L’interdit opposé par l’exécutif régional flamand à la diffusion de Télé-Bruxelles par Telenet ou Belgacom n'est pas un fait anodin. Un raisonnement identique s’applique d’ailleurs aussi pour TVBrussel. 

 

Ne pas perdre de vue les fondamentaux démocratiques

 

Pour s’en convaincre, il suffit de porter son attention sur les textes du droit européen. L'article 4 de la Convention européenne sur la télévision transfrontière précise en effet que "les Parties assurent la liberté d’expression et d’information, conformément à l’article 10 de la Convention de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales et elles garantissent la liberté de réception et ne s’opposent pas à la retransmission sur leur territoire de services de programmes qui sont conformes aux dispositions de la présente Convention." Le 5 janvier dernier, s'agissant de la Hongrie, le Président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso déclarait que  « La liberté des médias est un principe sacré. Il s'agit d'un problème de valeurs, il n'y a pas de doute à avoir. Dans l'Union européenne, la liberté des médias est un principe sacré, une valeur fondamentale ». Une si belle profession de foi devrait rester valable à un jet de pierre de la Capitale de l'Europe.

 

Un dossier à mettre sur la table des négociations ?

 

La fameuse note de Johan Vande Lanotte évoque la création d'une Communauté métropolitaine de Bruxelles. Quel sens pourrait avoir un tel projet de collaboration interrégional s'il ne peut même pas être question de la diffusion libre de Télé-Bruxelles en dehors des 19 communes ? Les citoyens téléspectateurs de Crainhem et Wezembeek-Oppem en sont actuellement réduits à capter plus ou moins bien le faible signal hertzien analogique de la chaine au moyen d'une antique antenne de télévision. Certes, les familiers du web peuvent aussi visionner une partie des programmes sur le net et les geek disposent d'une belle application développée pour leur iPhone. Et le récent engagement de Fadila Laanan de rendre possible une diffusion via la TNT (télé numérique terrestre), suite aux demandes des responsables de la chaîne, ne manque pas d'intérêt. Mais cela ne suffit pas pour assurer un accès normal à l'information fournie par Télé-Bruxelles. En périphérie, aussi bien Telenet que Belgacom TV devraient pouvoir diffuser aussi librement Télé-Bruxelles que TV-Breizh (la chaine régionale bretonne).

 

Un frein économique sans légitimité

 

Au droit du citoyen européen à l'information, l'on pourrait ajouter le respect des règles de la concurrence. Récemment, le Soir a décidé d'étendre son lectorat en créant une page "périphérie bruxelloise", alors pourquoi pas Télé-Bruxelles ? L'un et l'autre sont des compétiteurs sur un même marché publicitaire. Les derniers chiffres du CIM créditent la chaîne bruxelloise d'une audience de 254.655 personnes, soit 27,3% de part de marché sur les 19 communes. Avec un apport prélevé sur la population francophone de la périphérie (150.000 âmes), la barre des 300.000 deviendrait accessible. Les habitants de la périphérie forment une cible appréciable pour les annonceurs publicitaires bruxellois. Pour les commerces et les entreprises de la Capitale, la possibilité de communiquer avec une clientèle potentielle plus nombreuse de 20% représente un enjeu considérable. Qui dit investissement en publicité, dit chiffres d'affaires plus élevé et emplois supplémentaires. Que ce soit pour des motifs démocratiques ou économiques, il serait temps de mettre fin à tout ostracisme, y compris partiel, à l'encontre de quelque média que ce soit en périphérie.

 

Gauthier van Outryve d'Ydewalle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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