CRAINHEM - Le 28 mai 2010
La Donation Royale en porte-à-faux à Crainhem
Sur la Chaussée de Bruxelles, les bâtiments délaissés par Kind en Gezin attendent depuis des années de connaître un sort meilleur. D'aucuns pensent pouvoir le lui offrir sous la forme d'un vaste projet immobilier aux contours mystérieux. Mais les autorités communales sont loin d'être disposées à voir se multiplier les appartements dans cette zone à vocation d'espace vert. Qui plus est s'il s'agit de rendre difficile leur achat par des francophones.
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| Bâtiments de Kind en Gezin sur la Chaussé de Bruxelles |
La propriété depuis les origines
Cette propriété de plus de 2 hectares, située dans le prolongement de la forêt de Soignes à Crainhem, fut offerte par Leopold II à l'Etat belge dans le cadre de la donation royale. Au lendemain de la guerre 14-18, le roi Albert Ier décida de la mettre à disposition de l'Office Nationale de l'Enfance (ONE) avec pour condition qu'elle puisse servir au bien-être des enfants bruxellois. Une villa fut d'abord construite en 1930. Des bâtiments en bétons furent ajoutés en 1947. En 1963, la régionalisation fit tomber le centre de cure dans l'escarcelle de Kind en Gezin qui prit le relai des activités de l'ONE en Flandre et s’est comportée en propriétaire des lieux qui servirent longtemps d'orphelinat. Puis, Kind en Gezin y cessa toutes activités et le bien revint en 2006 dans le giron de la Donation Royale.
Les temps sont durs pour la Donation Royale
Jusqu'en 1930, les biens offerts par Leopold II à la Donation royale étaient gérés par le Ministère des Finances. A partir de cette date, l'organisme fut doté d'une personnalité juridique distincte et devint complètement autonome sur le plan financier, ce qui implique pour elle l'obligation de faire face à ses dépenses par ses propres moyens, sans aucune aide de l'Etat. Elle est dirigée par un conseil d'administration de dix membres dont seulement quatre appartiennent à l'entourage de la Cour. Son budget ordinaire marque un déficit structurel (1,7 millions d'euros en 2008) que comblent des recettes extraordinaires. La crise Fortis est passée par là et la nécessité d'équilibrer les comptes en vendant des biens immobiliers d'importance secondaire se fait ressentir. D'où la récente mise en vente de la propriété qui fut occupée par Kind en Gezin à Crainhem.
Drôle de transaction …
Au cours du mois d’avril dernier, un notaire de Knokke a adressé aux services communaux une demande de renseignements urbanistiques relatifs au site en vue de la signature définitive d’un compromis de vente avec un promoteur actif à la côte belge. Celui-ci aurait déjà signé, semble-t’il, une offre ferme à la Donation Royale dans laquelle il s'engagerait à procéder à l'acquisition du bien sans conditions. Il proposerait un prix non dévoilé mais qui dépasserait considérablement la valeur réelle actuelle du bien qui est situé en zone de protection de la nature. A ce jour, ni le promoteur ni la Donation Royale n'ont eu de contact avec le Bourgmestre ou avec le Collège. Et pour cause ! Car le projet immobilier est à l'évidence complètement opposé à la politique menée à Crainhem en matière d'aménagement du territoire. Pour les autorités communales, la propriété située en "natuurgebied" doit conserver la vocation d'être la plus intégrée possible au cadre de la forêt de Soignes. Il faut dire que la commune de Crainhem a déjà la densité de population la plus élevée du Brabant flamand. Dès lors, l'on sera porté à croire qu'acquéreur et vendeurs fondent leurs espérances de plus-value sur une modification par le pouvoir provincial ou régional de la destination de cette zone protégée en zone de construction d’appartements. Le candidat acquéreur confiant dans ses contacts politiques en région flamande préfère, de toute évidence, ne pas associer les autorités communales à un projet dont l’aboutissement sera contesté tant par les riverains que par la majorité du Conseil communal. La commune devra cependant être sollicitée préalablement en vue de l'élaboration d’un RUP (plan d’affectation de la zone) qui représente un investissement important et nécessite une année de démarches, une enquête publique et l’approbation par le conseil communal. Il y a donc encore loin de la coupe aux lèvres.
La position de la commune de Crainhem est claire
Le conseil communal a voté en 2006 le projet de GRS (plan d’aménagement du territoire) supervisé par une commission indépendante le GECORO et approuvé par les autorités provinciales. Le plan d’aménagement recommande la réhabilitation de la villa de 1930 et la destruction des bâtiments de béton rajoutés en 1947, jugés hideux. Cette vision s’inscrit dans l’esprit de la donation faite par Léopold II au terme de laquelle les biens donnés ne pouvaient, pour la plupart, être aliénés, qu’il fallait préserver leur destination et leur aspect d’origine et dont une partie devait rester à la disposition des successeurs au trône. Pour le GRS (Gemeentelijk Ruimtelijk Structuur plan), la villa de 1930 peut demeurer à titre d'exception sur ce site classé espace vert comme logement unifamilial.
Encore une affaire linguistique ?
Une fois de plus, le communautaire n'est peut-être pas loin. Le pouvoir communal francophone à Crainhem entretient de sérieuses réserves au sujet d'un projet immobilier sur son territoire dont l'aboutissement ne dépendrait que des autorités provinciales ou régionales. A l'image de ce qui se pratique dans de nombreuses communes du Brabant flamand, faut-il craindre que l'accès à la propriété de ces futurs appartements puisse être de facto limité à des acquéreurs exclusivement néerlandophones ? Quel autre motif les autorités flamandes ayant tutelle sur la commune à facilités auraient-elles de ne tenir aucunement compte des prescriptions crainhemoises ? De même, comment savoir si ce projet immobilier si secret ne porterait pas sur l'aménagement de logements sociaux ? Il est patent que la Région flamande a fixé des objectifs volontaristes pour chaque commune et pourrait trouver là une occasion de s'y conformer. Là encore, la majorité UNION à Crainhem ne serait pas ravie de voir se développer les pratiques contestables du Wooncode sur une partie de son territoire constituée en espace naturel.
Que peuvent faire les habitants des quartiers voisins ?
Les riverains de la "Park Zone" voisine, ont tout intérêt à se montrer vigilants. Soit de façon spontanée en écrivant au Bourgmestre soit en réagissant en temps utile lorsque l'avis de consultation de la population sera affiché dans le quartier. Ils pourront en toute légitimité rappeler que la vocation de cette propriété est de se conformer autant que possible au statut d'espace vert de la zone où elle se trouve. La Donation s’est déjà heurtée dans le passé à l’action d’un comité de quartier qui s’est opposé avec succès à la construction de bureaux dans une zone de logement dans le quartier Bréderode. Et finalement, le comité de riverains qui s'était constitué avait obtenu gain de cause.
GVODY
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| Des bâtiments totalement laissés à l'abandon ... |
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