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CRAINHEM - Le 27 avril 2010

 

 

 

Les bonnes pratiques du CPAS de Crainhem
Interview de sa Présidente, Chantal Ochelen

 

 

Si la commune de Crainhem est réputée figurer parmi les plus riches du royaume, cela ne signifie pas pour autant que les plus défavorisés de ses habitants ont moins besoin d'aide. Dans notre interview, la Présidente du CPAS, Chantal Ochelen, fait le point de la situation et nous explique sa philosophie au sujet de l'assistance à laquelle les personnes en difficultés ont droit. "Ni Mister cash, ni comptoir de charité", déclare-t-elle en préambule à ses propos. Car à Crainhem, le CPAS établit autant que faire se peut une relation de partenariat avec ceux qu'il a été convenu d'appeler des "clients" (dans d'autres communes, l'on parle plutôt de "bénéficiaires" ou "d'allocataires"). Lorsqu'une intervention a lieu d'être, un document établit clairement les devoirs et obligations tant du CPAS que de la personne aidée. Comme dans un contrat, lequel servira de canevas du parcours à suivre pour que celle-ci puisse vraiment s'en sortir. L'objectif est de remettre sur les bons rails des hommes et de femmes de tout âge – et de toutes origines sociales - qui ont trébuché dans l'histoire de leur existence, en les aidant résolument, sans pour autant les installer dans une mentalité d'assisté.

 

La Présidente du CPAS de Crainhem, Chantal Ochelen

 

Une méthode de travail très structurée

 

Chantal Ochelen explique "Nous sommes vraiment à l'opposé de cette image où l'on donne une somme d'argent en disant à la personne de nous laisser tranquille, autant que de commencer à pleurer avec elle en lui tenant la main avant de lui donner un vêtement élimé et un pot de confiture ainsi que cela se faisait dans le passé. Cela ne sert à rien de plaindre une personne si en même temps on ne l'aide pas à se débrouiller par elle-même. Lorsqu'un client est pris en charge par le CPAS, nous commençons par faire un inventaire de sa situation générale. Bien souvent, on va découvrir qu'il existe une combinaison de multiples difficultés à laquelle la personne ne parvient plus à faire face. Outre les problèmes financiers, des problèmes de santé, familiaux, psychologiques, scolaires, administratifs, de dépendance à l'alcool ou à la drogue viennent souvent s'ajouter. Il s'agit alors de structurer l'aide, par rapport à chacun des problèmes en présence, en précisant la réaction que l'on attend de la part du client. Le contrat va préciser les étapes qui permettront d'atteindre l'objectif. Bien sûr, il y a parfois matière à révision si la situation du client s'est malheureusement dégradée."

 

L'équipe au travail

 

Le CPAS de Crainhem compte une petite quarantaine d'employés statutaires et contractuels. Cinq assistantes sociales forment la pierre angulaire de cette organisation. Chacune d'elles s'est au fil du temps spécialisée dans un domaine d'intervention, tout en étant capable de faire preuve de polyvalence en cas de besoin. L'aide aux étrangers, la remise au travail, la médiation de dette, la gestion des conflits familiaux, l'aide aux étudiants, etc. "Par le passé, les assistantes sociales traitaient les différents dossiers au fur et à mesure de leur arrivée chronologique. En développant leurs compétences en fonction de leurs préférences et affinités, elles ont pu acquérir une plus grande expertise et donc plus d'efficacité.", argumente Chantal Ochelen. Pour les seniors, il existe un dispositif distinct et particulièrement actif. Une assistante sociale gère une équipe d'environ 18 personnes chargées de l'aide à domicile. Une centaine de personnes âgées forment une "clientèle" du CPAS. Il est à noter que les seniors aidés à domicile par le CPAS proviennent de toutes les catégories sociales que l'on pourra rencontrer dans une commune aussi contrastée que Crainhem où il existe des quartiers très résidentiels aussi bien que des quartiers plus modestes et des logements sociaux.

 

Des problèmes spécifiques Crainhem

 

Depuis l'apparition de la crise financière, les problèmes de surendettement ont littéralement explosé à Crainhem, en touchant des personnes de tous les milieux. Dans certains cas, ceux-ci vont de pair avec des problèmes de dépression. "Peu importe l'origine sociale", précise Chantal Ochelen, "toute personne confrontée à des difficultés qu'elle ne peut pas surmonter seule a droit à l'aide du CPAS". Et de citer l'exemple d'une mère de famille issue de la bonne bourgeoisie, divorcée, atteinte d'un cancer, dont l'ex-mari refusait de payer la pension alimentaire pour ses 4 enfants. Les jeunes et les étudiants forment un autre groupe d'habitants de Crainhem ayant régulièrement besoin de recourir au CPAS. Le plus important sera de les aider à poursuivre leur parcours scolaire. Dans leur contrat, il est précisé qu'une assiduité aux cours conditionne l'aide financière et qu'il y aura un suivi de leurs résultats aux examens. Autre domaine d'activité en nette croissance : les demandes à traiter de candidats réfugiés depuis la mise en place des plans de répartition. Crainhem n'est pas non plus immunisée contre les problèmes typiques du centre ou de l'ouest de Bruxelles. Ainsi, le cas s'est trouvé d'un marchand de sommeil qui avait aménagé des locaux minuscules, y compris des garages, de façon complètement précaire. Aucun de ses locataires n'est resté sur le carreau grâce à l'intervention du CPAS. "Touchons du bois", ajoute Chantal Ochelen, "à Crainhem nous avons toujours pu trouver des solutions pour les personnes qui se retrouvent sans logement et se tournent vers nous". Même si des habitants de Crainhem qui, échappant aux regards du CPAS, ont décroché au point de se retrouver SDF à Bruxelles, "cela existe", concède-t-elle en ajoutant "Il n'est absolument pas infamant de s'adresser au CPAS. Il est important de s'adresser à nous à temps, sans attendre qu'il soit trop tard".

 

Des spécialités locales en matière d'aide sociale

 

A Crainhem, le CPAS a mis en place un dispositif baptisé "Mobilo" qui propose de mettre une centrale des volontaires crainhemois (ils sont actuellement déjà une dizaine, mais toutes les bonnes volontés sont bienvenues) en contact avec des personnes à mobilité réduite. Ce système remplace le principe des chèques taxi appliqué dans les communes avoisinantes. Avec avantage car les volontaires apportent une dimension humaine supplémentaire tout en exerçant une veille des problèmes que pourraient rencontrer les personnes avec lesquelles un véritable lien est ainsi établi. Dans la même optique, le CPAS a mis en place une table d'hôte une fois par semaine à laquelle 40 à 50 seniors participent. Certains viennent des quartiers "bourgeois" de Crainhem. Régulièrement, des animations et des excursions sont proposées. Ce service "Resto & Co" remplace le système de repas à domicile que des communes ayant plus de moyens peuvent organiser.

 

La gestion des finances

 

Dans les rangs de la majorité comme de l'opposition à Crainhem, Chantal Ochelen a acquis la réputation incontestée d'une gestionnaire rigoureuse. "Je me sens responsable de l'argent de la communauté et j'essaie de l'utiliser au mieux. Jamais de gaspillage ! Tous les boulons sont serrés au maximum. Sans perdre dans la qualité des services, évidemment ! Cela demande une attention constante, au jour le jour. Si, après avoir aidé toutes les personnes qui en ont besoin, il reste de l'argent, le CPAS le reverse à la commune, ce qui est déjà arrivé. Je n'ai jamais dû présenter de dépassement budgétaire au Conseil communal. Il faut dire aussi que ni le bourgmestre actuel ni le précédent n'ont jamais manqué de répondre positivement par rapport aux plans budgétaires que le CPAS leur a présenté et ce depuis 9 ans que j'en assure la présidence", dit-elle. Sous son impulsion, un important travail a été entrepris afin d'optimiser les ressources du CPAS au-delà de la dotation communale. "C'est la chasse au subsides. Nous avons beaucoup travaillé avec le Maribel social afin de réduire les coûts de personnel. Des subsides régionaux ont été obtenus pour des animations dans les logements sociaux. Nous avons également mis à profit l'utilisation des chèques services, y compris pour les usagers." Parallèlement à cette approche, Chantal Ochelen insiste sur l'importance d'une bonne valorisation du patrimoine immobilier du CPAS. Faisant référence aux dix maisons de l'avenue de la Chapelle qui en fait partie, elle explique que "En 2020, les emprunts seront entièrement payés. Il est important que ces maisons qui ont perdu au fil des ans leur vocation initiale (il s'agissait de logements pour familles à revenus moyens) puissent générer des revenus locatifs, avec des loyers fixés au niveau réel du marché, afin de soulager d'autant la dotation communale en injectant les montants correspondants dans les seules dépenses sociales. Certains voudraient revendre ces maisons afin de soulager les finances communales dans le cadre non social, sous la forme d'un one-shot. Pour ma part, je refuse qu'un tel hold-up ait lieu sur les moyens à dispositions du CPAS."

 

Marges de manœuvre d'un CPAS dans les communes à facilités

 

Les communes à facilités se sont rassemblées en plate-forme pour organiser un lobby plus efficace avec la Région flamande. Dans le domaine du gardiennat d'enfants, les CPAS ont engagé un coordinateur qui se charge d'aider les personnes francophones non bilingues qui voudraient obtenir l'agrément de Kind & Gezin. Cinquante places ont ainsi pu être obtenues. A Crainhem, il y a actuellement une dizaine de places disponibles pour des "Mamans d'accueil" qui voudraient développer une structure à domicile, tout en profitant de revenus barèmisés, du droit à la pension, etc. Dans une commune où l'offre en matière de crèches est plus que limitée, c'est évidemment appréciable. Avis aux amateurs, donc. Les communes à facilités ont également développé un programme de prévention et de soutien dans le domaine de la dépendance à l'alcool et la drogue.

 

Une fracture linguistique dans la réalité sociale de Bruxelles-Est …

 

Mais du fait de leur dispersion géographique, les possibilités de coopération entre communes à facilités demeurent limitées. Pour le CPAS d'une petite commune, il peut être précieux d'organiser des projets en synergie avec les entités voisines afin de réaliser des économies d'échelles. Chantal Ochelen déplore "les contraintes imposées par la Région flamande qui nous empêche en pratique d'organiser quoi que ce soit en collaboration avec les CPAS des commune bruxelloises voisines comme Woluwe-Saint-Pierre ou Woluwe-Saint-Lambert. Arrêtons avec ces chamailleries linguistiques !" Quant aux collaborations avec des communes flamandes, celles-ci sont en général rendues impossibles du fait que le bilinguisme des services intercommunaux est a priori exclu. Le système des "coupoles" de compétences que la Région flamande prône au maximum actuellement permet la dynamisation de l'aide sociale dans toutes la Flandre … sauf dans les communes à facilités. L'impossibilité de collaborations avec les communes bruxelloise bilingues est d'autant plus frustrante qu'il s'agit d'améliorer l'aide aux personnes les plus fragiles.

 

 

GVODY

 

 


CPAS de Crainhem

 

Avenue Arthur Dezangré 17 à 1950 Kraainem

Tel : 02 / 719 20 70

 

Les bureaux sont ouverts du lundi au vendredi entre 9h30 et 11h

 

 

L'entré du CPAS se fait par la porte principale de l'ancienne Maison communale

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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