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WOLUWE-SAINT-PIERRE - Le3 février 2010

 

 

 

Portrait d'un quartier de Bruxelles-Est

Le Chant d'Oiseau

 

 

Cet article est le premier d'une série qui consiste à mettre en lumière les aspects historiques, sociologiques, urbanistiques et culturels des quartiers qui composent Bruxelles-Est. Il commence avec le Chant d'Oiseau qui a pour particularité de se situer à cheval sur les communes de Woluwe-Saint-Pierre et Auderghem. Les phénomènes humains peuvent être abordés d'un point de vue sub-local, communal, d'un groupe de communes, d'une ville accompagnée ou non de ses environs, d'une région, d'un pays, d'un continent ou du monde. Chacun de ces niveaux de réalité mérite pleinement l'intérêt que l'on voudra lui porter. C'est l'occasion de réaffirmer que dès lors qu'il ne s'agit pas d'opposer une quelconque identité à aucune autre, toutes ont bien le droit d'exister.

 

 

Carte de J. Van Werden dateé de 1659

 

Un peu d'histoire

 

Il y a cinq ou six mille ans, à l'époque du néolithique, le territoire du Chant d'Oiseau n'était pas une zone inhabitée. Les fragments de hachettes en silex poli que l'on a découvert en témoignent. A partir de quand fut il peuplé d'oiseaux assez nombreux pour que leurs chants et cris donnèrent envie de nommer le lieu comme il l'est encore aujourd'hui ? Depuis le XVIIème siècle à tout le moins. L'inscription "Den vogelen sanc" figure sur la carte de J. Van Werden qui est daté de 1659, laquelle se trouve dans l'ouvrage intitulé Regiae Domus Belgicae d'Antonius Sanderus (1586-1664). L'endroit fut pendant longtemps un morceau de la forêt de Soignes, avant de devenir clairière et prendre un aspect champêtre. Il est traversé par le Bemel, un ruisseau qui prenait sa source à hauteur de l'actuelle avenue de l'Atlantique et qui se jetait dans la Woluwe au niveau du Musée du Tram. A son abord, à l'endroit de l'actuelle rue du Bémel, se trouvait une imposante ferme en carré. Cette "Hof de Bemele" avait été cédée aux Jésuites en 1667. Ce furent ensuite les Barons de Waha qui en furent propriétaires.
 
 
Ancienne ferme du Bemel
Le petit complexe agricole fut démoli en 1920. Juste à côté, sur un lieu qui était appelé "Speelhuys van Mijnheer Haelewick", se trouvait un petit manoir. On raconte que Charles Quint aurait pu y dormir, si pas dans un autre petit château voisin aujourd'hui disparu. La "Maison de jeu" fut remplacé par le Château de Mostinck, du nom du notaire qui l'a fait construire en 1870. Ce bâtiment a lui-même disparu en 1965. Pendant longtemps, en guise de population du futur quartier du Chant d'Oiseau, il n'y a guère eu que ce minuscule hameau du Bemel, plutôt un lieu-dit, qui se composait en 1808 d'une dizaine de maisons paysannes. Le paysage environnant demeura largement sylvestre jusqu'à ce que Guillaume d'Orange décide, pendant l'occupation hollandaise, de raser le bois de Mesdael avoisinant afin de développer l'agriculture locale. Au niveau de l'actuelle rue des Traquets, le bois était bordé d'un vallon qui portait le nom un peu effrayant de Duyvelskeul ou «herbe du diable». Il s'agissait en fait de l'aconit qui devait proliférer à cet endroit, un poison réputé maléfique aujourd'hui employé en homéopathie. Du côté de l'avenue des Volontaires, il y eut un autre château qui a appartenu à la famille Lambeau. Pendant la dernière guerre, celui-ci fut réquisitionné par l'armée allemande. Les habitants du quartier se sont longtemps souvenus des six molosses attachés à de longues chaînes qui les regardaient passer devant l'entrée du domaine.

 

Le développement urbanistique du Chant d'Oiseau

 

Les maisons paysannes de la rue du Bémel furent rasées en 1910 à l'occasion de l'élargissement de son tracé. Quelques maisons ouvrières, qui furent construites aux alentours de cette date, subsistent encore. Le peuplement du Chant d'oiseau démarre véritablement en 1925, avec la création d'une "Société des villas du Vogelzank". De fait, la plupart des rues créées reçurent des noms d'oiseaux. Ce sont au départ essentiellement des fonctionnaires et des petits rentiers qui sont attirés par le caractère bucolique de cette proche banlieue bruxelloise. Ils construisent les villas entourées de jardins que l'on peut encore voir aujourd'hui. C'est à l'occasion du boom immobilier qui a suivi la seconde guerre mondiale que les lotissements se multiplient. La loi De Taeye instaure en 1948 un système de prime visant à favoriser la construction d'habitations individuelles bon marché. Trois autres lotissements virent le jour. Les deux premiers se situent aux abords immédiats de la rue du Bémel. Le plus grand appartenait à la Société immobilière Bernheim qui construisit des maisons bel étage sur trois niveaux jusqu'en 1953. Un troisième lotissement, appelé "Quartier de l'Europe", démarre en 1954. Trois ans seulement avant la signature du Traité de Rome, c'était une sorte de prémonition de la vocation de Capitale de l'Europe de Bruxelles. Une étude de 2001 révèle que presque la moitié des logements du Chant d'Oiseau, soit 49%, ont été construits avant 1961. Elle précise que 43% sont des maisons unifamiliales. La part des villas à trois ou quatre façades est de 31%. Celle des appartements est de 53%. 62% des logements sont occupés par leurs propriétaires, ce qui est un des scores les plus élevés de la Région bruxelloise où la moyenne n'est que de 41%. Par contre, la part des logements sociaux n'est que de 0,36%, c'est à dire presque rien.

 

Cliquez sur la carte pour agrandir

 

L'apparition d'une nouvelle paroisse

 

Au début des années trente, l'endroit où se trouve l'église Notre Dame des Grâces est une colline exploitée par de petits fermiers, avec une laiterie qui tient lieu de but de promenade. Les Franciscains font l'acquisition de l'endroit. Sur deux hectares, ils vont bâtir un couvent et une église de style néo roman. La construction de l'ensemble s'échelonna de 1933 à 1949. Le couvent a été béni par le Cardinal Van Roey en 1935. Il fallut attendre 1949 pour que ce soit le cas de l'église. Bien vite, la paroisse compta plus de 500 fidèles. Plus tard, les Franciscains ont fait construire une nonciature qui a eu l'honneur d'héberger Jean-Paul II en 1985. Les orgues de Notre-Dame des Grâces sont parmi les plus grandes d'Europe. Elles pèsent 15 tonnes et comptent 4.000 tuyaux !

 

Profil sociologique des habitants du quartier

 

Quartier résidentiel agréable, verdoyant et très bien situé, le Chant d'Oiseau n'a pas manqué de séduire une population issue des communautés européennes. En 2006, leur présence est évaluée à 26% de la population, alors qu'ils ne sont que 15% sur l'ensemble de la Région bruxelloise. Au total, la part des étrangers s'élève à 31% contre 27% pour l'ensemble de la capitale de l'Europe. Les personnes originaires de l'Afrique du nord ne sont que 0,26%. Très peu de quartiers font moins à Bruxelles. Les ressortissants de l'Afrique noire sont un peu moins sous-représentés avec 0,47% du total des habitants du Chant d'Oiseau. Les statistiques les plus récentes qui portent uniquement sur le quartier du Chant d'Oiseau datent parfois un peu mais elles restent des indicateurs intéressants pour brosser un portrait d'ensemble. Sur le plan économique, le revenu moyen par déclaration s'élevait à 34.871 € en 2003, contre 24.081 € en moyenne pour la Région bruxelloise. Le taux de chômage n'était que de 7% en 2002, dont environ un tiers diplômés de l'enseignement supérieur, soit trois fois plus que la moyenne régionale. Les jeunes du Chant d'Oiseaux n'étaient à ce moment que 14% à subir le chômage, ce qui représente là aussi le tiers de la moyenne sur les 19 communes. Le Registre National nous fournit des statistiques qui datent de 2006 en ce qui concerne l'âge de la population du Chant d'Oiseau. Elles indiquent que la part des personnes âgées de 65 ans et plus s'élève à 22%, ce qui est un des scores les plus élevés de Bruxelles-Est. L'on peut parler de vieillissement puisqu'elle n'était que de 14 % en 1981. Signe positif, le pourcentage de couples ayant de jeunes enfants est en augmentation. Les habitants de moins de 3 ans étaient 3,5% en 2006 contre 2,5 en 1981.

 

 

Des habitants célèbres ?

 

L'homme le plus célèbre qui a jamais vécu au Chant d'oiseau est sans aucun doute le grand champion cycliste Eddy Merckx. Il a passé son enfance Place des Bouvreuils où se situait l'épicerie de ses parents, laquelle est devenue aujourd'hui une maison privée. Son père était un homme taiseux et travailleur. Il ne parlait que le flamand aussi était-ce la maman d'Eddy qui servait les clients. Pour se payer son premier vélo d'adolescent, il a dû travailler dans le magasin et économiser longuement. Il confie que "Ce n'était pas évident dans un quartier cossu où les camarades de jeu parlaient de vacances à la Côte d'Azur. (…) Le dimanche, je servais avec ma mère pendant que mes camarades de jeu venaient me narguer dans la rue". Mais à Woluwe, les adultes le surnommaient "Tour de France" quand il le voyait passer, toujours prêt à pousser un sprint. Nommé baron par le Roi en 1996, Eddy Merckx n'habite plus le Chant d'Oiseau depuis longtemps mais une plaque commémorative subsiste devant son ancienne maison. Il faut également mentionner la présence de deux sénateurs parmi les habitants actuels du quartier : Francis Delpérée et Caroline Persoons.

 

 

La vie culturelle au Chant d'Oiseau

 

 

Le plus haut lieu culturel, au propre comme au figuré, est sans conteste la Comédie Claude Volter, fondée en 1972, qui est dirigée aujourd’hui par Michel de Warzée. Le théâtre compte 167 places. La Bibliotheca Wittockiana, musée et école de reliure, est installée rue du Bémel. L'architecture de ce bâtiment conçu par l'architecte Emmanuel de Callataÿ est remarquable. Le musée possède 10.000 volumes dont des éditions extrêmement précieuses. Il présente aussi une collection de 500 hochets anciens. Le Centre Communautaire du Chant d'Oiseaux joue un rôle important dans le quartier. Il organise de nombreuses conférences sur des thèmes variés propose une foule d'activités, des stages de peinture aux activités sportives en passant par des ateliers de langues ou de poésie.

 

C'est la belle vie

 

Le quartier du Chant d'Oiseau offre certainement un cadre de vie privilégié et les prix élevés des biens immobiliers en témoignent. Situé en bordure du Parc de Woluwe, l'air y est plutôt pur, pour une situation en milieu urbain s'entend. La valeur moyenne journalière annuelle en NOx est de seulement 12,5% contre 31,5 % pour la Région bruxelloise. Les rues sont propres, si bien que seulement 3,7% des ménages se déclarent insatisfaits de la propreté aux environs immédiats de leur logement (DGSIE-ESE 2001), au lieu de 20,7 % en moyenne en Région bruxelloise. Le trafic automobile est limité car il s'y trouve peu de voies de liaison importantes. Le niveau de saturation de la voirie n'est dès lors que de 37,3% contre 50,4 % au niveau régional (Bruxelles Mobilité 2001). Bref, c'est la belle vie pour les habitants du Chant d'Oiseau à qui il reste encore à attribuer un nom. Chantdoisiens et chantdoisiennes, peut-être ?

 

 

GVODY

 

 

 

L'église Notre Dame des Grâce vue depuis le bas de l'avenue de l'Atlantique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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