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WOLUWE-SAINT-LAMBERT - Le 7 octobre 2009

 

 

 

Fanny Ardant à Wolubilis : du très grand art

 

 

Fanny Ardant jouera cinq représentations de «Music Hall» à Woluwe-Saint-Lambert du 27 au 31 octobre 2009. C’est un véritable événement car la pièce a remporté un énorme succès en France. La mise en scène de Lambert Wilson est remarquable et le texte de Jean-Luc Lagarce se révèle d’une rare acuité.

 

L’abîme dans le miroir

 

     
       

Fanny Ardant campe un personnage de vedette de la scène sur le retour. Mais qui persévère dans son art sans crainte de la déchéance pour satisfaire, ou pas, un public qui l’a quitté ou presque. Car Fanny Ardant interprète le rôle d’une comédienne qui vit l’inverse de sa vie, celui d’une femme que son immense talent lui évitera toujours d’être. Mais qui leur permet à toutes deux, personnage et actrice, de montrer l’abîme qui sépare la vie rêvée de la dure réalité. Et qui pourtant, cet abîme même, donne un sens à la vie, à la création, au désir, à la volonté de continuer. Un abîme synonyme de passion. Coûte que coûte. Fanny Ardant confie son amitié pour ce double qui est son contraire : "Il ne faut jamais dire : A quoi bon? L’ultime chose qui nous reste est de se maintenir, quoi qu’il arrive. Comme mon personnage. Même si on la traite de folle, elle se bat pour son absolu." Elle ajoute "On n’a pas forcément besoin de vivre son rêve, mais on a besoin d’absolu. Il est essentiel d’avoir quelque chose qui vous garde sous tension."

 

La grâce sur scène

 

Perruque blonde, robe longue verte, une fourrure doublée de fushia sur les épaules, campée sur un tabouret qui tient lieu de décor, Fanny Ardant vampe pour de bon un public qui est, tout autant qu’elle, le double inversé de celui que la pièce évoque. Celui qui est dans lasalle, le vrai, vibre d’émotion devant une merveilleuse actrice. Elle, son personnage, le public réel et, pourquoi pas, le public inventé sont là pour se mettre d’accord sur un point. La poésie, l’art, sont indispensables. Sur scène, Fanny Ardant, "La fille", chante en play-back un air connu de Joséphine Baker, "Ne me dis pas que tu m’adores". Pourtant si, voudrait-on lui dire. Aux côté de Fanny Ardant, Eric Guérin et Francis Leplay jouent les accompagnants. Deux dandy, follement élégants.

 

 
Jean-Luc Lagarce  

 

Un texte au cordeau

 

L’auteur, Jean-Luc Lagarce, a livré un texte troublant où chaque mot convainc par sa précision. Fanny Ardant témoigne que "Dans Music- hall, si on commence à oublier une conjonction, hop, c'est comme si on ne respectait pas un fa dièse sur une partition. Certains mots résonnent pendant des heures." Leur auteur de ces mots est mort. Jean-Luc Lagarce a succombé au sida en 1995, à 38 ans. C'est de nos jours l'auteur contemporain le plus joué en France. Un classique, déjà. Il faut le découvrir si vous ne le connaissez pas.

 

Une mise en scène à la hauteur de l’artiste

 

   
Lambert Wilson    

Lambert Wilson qui met en scène au théâtre pour la quatrième fois a réussi un important pari. Montrer que le sens n’est pas la raison. Et que c’est là une raison de vivre. Il explique : "L'histoire d'une artiste de music-hall qui joue depuis quinze ans dans des salles minables sur des play-back pourris. La tournée va de mal en pis. Cette femme pense qu'elle est une artiste incomprise. Elle est abandonnée. Et, par extension, c'est une métaphore sur la vie: pour chacun d'entre nous, malgré les batailles, les trahisons, les abandons, les douleurs, la reconstruction passe par quelque chose de rituel. Elle, elle a rendez-vous chaque soir avec un public inexistant. C'est dérisoire et sublime. Des paillettes pour maquiller la médiocrité. De la musique et de la lumière pour masquer les ombres. Elle se reconstruit tous les jours ainsi. Comme quoi, le rituel permet à l'humain de tenir debout. Il définit l'existence. Comme un boulanger a rendez-vous avec son four. J'aime les gens qui adorent ce qu'ils font. Derrière leur discipline, on perçoit leur jardin secret, leur folie." Mais Lambert Wilson rend à Ardant ce qui est à Ardant. "C'est un rôle immense pour une actrice qui n'a peur de rien, une star qui a le courage des grandes comédiennes. De toute façon, si elle n'était pas vertigineuse, il n'y aurait pas eu de spectacle qui tienne debout." Fanny Ardant, en parlant de cette pièce a révélé un secret de fabrication : "Il y a des choses obscures en moi, mais je leur fais confiance. J’ai une attirance invraisemblable, inexorable pour ma part de ténèbres" Confiance ... Lambert Wilson reconnaît tout lui devoir : "Elle est unique, cette actrice, exceptionnelle."

 

 

GVODY

 

 

Du 27 au 31 octobre à Wolubilis a

 

Pour mieux connaître l'auteur : www.lagarce.net

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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