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WOLUWE-SAINT-LAMBERT - Le 21 décembre 2009

 

 

 

Histoire de la vie de Marie de Woluwé, la Sainte de Bruxelles-Est

 

 

Les habitants de Bruxelles-Est savent-ils qu’aux cieux une Sainte veille sur eux ? Tout particulièrement puisque c’est ici qu’elle vécut jusqu'à son martyre en 1302. Sainte Marie la Misérable gît toujours sous l’autel de la petite église construite pour elle en 1360, avenue de la Chapelle à Woluwe-Saint-Lambert. Pendant les années qui suivirent sa disparition, l’endroit devint vite un lieu de pèlerinage important. Les miracles qui s’accomplissaient là en son nom se multipliaient. Tout comme les fidèles qui venaient de plus en plus nombreux et parfois de très loin. Tant et si bien que douze évêques réunis en Avignon adressèrent une demande de canonisation au souverain pontife. La ferveur des brabançons pour «Lenneke Mare», Marie surnommée la douloureuse ou la lamentable, acheva de convaincre Pape Urbain V en 1363. Le document qu’il signa permit l’octroi d’indulgences à ceux qui viendraient se placer sous la protection de celle qui fut désignée plus tard «Sainte Marie de Woluwé». Pendant des siècles, jusqu’à nos jours, les pèlerins n’ont pas cessé de venir au chevet de sa tombe.

 

Une belle histoire tragique

 

   
    Statue de Marie la Misérable se trouvant dans la chapelle

L’histoire de la Sainte de Woluwé, commence le jour de sa naissance, comme il se doit, laquelle eut lieu en 1270, sous le règne de Jean II de Brabant, dit le «Pacifique». Sa petite enfance dans le village de Woluwe-Saint-Pierre, frappée par la mort de sa mère, ne fut pas heureuse. Son père était un pauvre bucheron qu’un accident laissa estropié. La fille de serfs connut donc la misère aux abords de la forêt de Soignes. A dix-huit ans, les choses s’améliorent un peu. Elle est engagée par de riches métayers. Le gîte et la pitance sont au moins assurés. Pas pour longtemps. D’autres domestiques la calomnient et elle est bientôt renvoyée. Elle va vivre dans une cabane au cœur de la forêt de Linthout aujourd’hui disparue. Pas tout à fait seule car un gros chien noir la suit partout. Comme Saint-François d’Assise, au début de ce siècle là, elle entre dans le mysticisme par le chemin de la communion avec la nature. Suivant une inspiration spirituelle identique à celle de ce fils de riches marchands italiens, Marie parle aux fleurs, s’adresse aux arbres, tient des conversations avec des animaux. Dans un total dénuement, souffrant bien souvent de la faim, Marie cherche conseils et consolation auprès de la Mère du Christ, dont elle porte le prénom. Totalement ignorante et illettrée, ne se sentant pas digne de rejoindre une communauté religieuse, elle n’envisage rien de mieux pour elle qu’une vie d’ermite recluse dans la forêt de Soignes. Marie la Misérable est une de ces saintes du peuple qui n’entrèrent jamais en religion. Vierge encore à trente ans, ainsi que le précise les documents religieux de l’époque, elle a choisi volontairement la chasteté. Sa foi s’alimente d’une ferveur naïve, touchante. Pourtant, une angoisse inexplicable s’empare bientôt de son âme. Comme si la nature avec laquelle elle communie pouvait à la fois signifier la vie et aussi la mort. L’écrivain Franz Hellens, pénétré de la personnalité de la Sainte, rapporte que la Vierge Marie aurait avertie la pauvresse qu’elle devrait bientôt «renoncer à la liberté et à l’avenir». Rêves, visions se multiplient. Entraîné dans un élan de lyrisme fantastique, Hellens parle d’une terrible nuit passée dans un cimetière hanté …

 

Une injustice affreuse

 

   
    Les fidèles continuent de fleurir régulièrement la statue de Sainte Marie de Woluwé

Non loin de là, dans le Château de Roodebeek, le jeune Seigneur de Craenhem aurait conclu un pari plein de malveillance avec quelques compagnons de beuverie. Sur sa foi de Don Juan local, sûr de sa belle prestance, il jure d’ajouter la petite Marie à la longue liste de ses conquêtes féminines. Mais Marie refuse. Le Chevalier de Craenhem, furieux de son échec, invente un stratagème odieux. Il glisse un gobelet précieux dans le baluchon de la pauvre Marie, à son insu, et l’accuse de l’avoir volé. A son instigation, elle va être jugée pour délit de vol, vagabondage et sorcellerie. Elle se défend mal. De faux témoins l’accablent. Le Bailli doute de sa culpabilité mais ses deux assesseurs sont à la solde du seigneur local. A l’époque de la justice féodale et seigneuriale, un tel crime porté à l’encontre d’un noble signifie la mort. Et pas n’importe quelle mort. Elle sera enterrée vivante. De même, dans un ordre chronologique qui laisse perplexe, le bourreau lui percera le cœur d’un pieu pointu. On rapporte qu’elle supportera ce martyre atroce dans une sorte d’extase. Image parfaite de l’innocence, de la pureté exemplaire. Victime immaculée de la noirceur du Diable entré dans l’esprit du Seigneur de Craenhem. Ce dernier ne l’emporta pas au paradis puisqu’il vécut l’enfer du remord et fut puni par une attaque de folie. Il n’aurait retrouvé un peu de raison qu’à genoux devant le tombeau de sa victime, implorant son pardon.

 

Marie la Misérable vue par les écrivains

 

Voilà toute l’histoire, du moins celle que Franz Hellens nous rapporte, inspiré d’une hagiographie écrite en 1679 par Henri de Berchem. Comme pour la plupart des vies de saints, la part de réalité historique est bien difficile à établir. Franz Hellens, même s’il admettait avoir eu recours à l’imaginaire pour compléter les témoignages dictés par la tradition, refusait que l’on qualifie de légende cette histoire. Il disait : «Je veux qu’on me prenne au sérieux pour tout ce que j’aurai mis de conviction, d’émotion, de tendresse et de tremblement dans ma biographie». Son ouvrage, intitulé « Sainte-Marie de Woluwé la misérable » a été publié en 1957. Un autre grand écrivain, Michel de Ghelderode, avait rédigé auparavant une pièce de théâtre sur le même sujet. Mais de façon totalement romancée. «Marie la Misérable», sa dernière œuvre dramatique, fut jouée devant le parvis de l'église de Woluwe-Saint-Lambert en 1952.

 

 

 

 

 

 
 

La Chapelle de Marie la Misérable

 

Le bâtiment fut longtemps la propriété des seigneurs de Stockel, dont le plus prestigieux représentant, Georges Kieffelt, s'y fit inhumer. Les siècles passèrent et elle échut par héritage au Marquis de la Boïssière-Thienne. Ce dernier l’offrit en 1922 à l'ordre des Assomptionnistes qui la gère encore aujourd'hui. La chapelle et le petit ermitage voisin, érigés dans le plus pur style gothique brabançon, ont été classés en 1959 et restaurés en 1970. A l’intérieur, la clôture du chœur, les stalles, la balustrade et la chaire de vérité en style baroque datent pour leur part du 17ème siècle. La pièce maitresse est un tryptique de 1609 qui montre six épisodes de la vie de Marie la Misérable. Le jardin actuel a été dessiné par l'architecte-paysagiste René Pechère en 1975.

 

Adresse : 37, avenue de la Chapelle à 1200 Woluwe-Saint-Lambert


Horaire d'ouverture : tous les jours de 7h30 à 18 h (excepté pendant les offices qui  ont lieu tous les jours de 8h à 8h30 et le dimanche de 8 à 10h).


Pas de guide sur place. 02/770.30.87.

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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