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Le 8 novembre 2010

 

 

 

Histoire du plus grand scandale de mœurs
qu'il y eut à Crainhem

 

 

   
    Armoiries des seigneurs de Crainhem

L'affrontement qui eut lieu à Courtrai en 1302, mieux connu sous le nom de bataille des éperons d'or, eut de multiples répercussions. Pendant des siècles et aujourd'hui encore, le souvenir de la défaite des chevaliers vassaux du roi de France devant les milices populaires de Flandre a imprégné bien des mémoires. Mais à Crainhem, certains événements très honteux eurent lieu quelques années plus tard qui ajoutèrent aux séquelles de la défaite vécue par la noblesse d'alors. Une terrible atteinte aux bonnes moeurs produisit un supplément de honte dont les familles seigneuriales du lieu auraient préféré être épargnées. Pendant les années qui suivirent la célèbre bataille, la mort du gentil Arnoul IV de Crainhem, dit Léon, sire de Wemmel et de Grobbendonck, fut amèrement pleurée (sans doute plus dans les donjons que dans les chaumières …). C'est bien simple, son épouse née Marie de Wesemale n'avait plus de larmes au souvenir des deux années de bonheur qui suivirent son mariage, avant la tragique disparition de son jeune mari.

 

Une divine surprise …

 

Au printemps de l'année 1309, la Dame de Crainhem eut la surprise de sa vie en apprenant le retour inespéré de son époux au sein d'une petite troupe de seigneurs que tous pensaient trépassés. Arnoul de Crainhem venait de réapparaître à Boulogne sur mer. Il accompagnait Jean de Brabant, fils de Godefroid, et quelques autres gentilshommes dont les corps, en effet, n'avaient pas été retrouvés ni reconnus après la bataille de Courtrai. Ayant échappé au carnage pour ainsi dire miraculeusement, ils expliquaient avoir fait vœu de mener une vie pénitente pendant sept ans. Ni plus ni moins. Voilà pourquoi ils portaient un habit religieux, en expiation de leur vie antérieure mise tout ce temps entre de pieuses parenthèses. Ils avaient parcouru la France dans un parfait anonymat, séparément, vivant de l'aumône au lieu de regagner penauds leurs châteaux respectifs. Tenant à respecter à la lettre leur serment fait à Dieu, ils expliquèrent avoir caché leur état même à leurs familles jusqu'à la date qu'ils avait prévue pour se réunir. Certes, le temps et les épreuves avaient buriné leurs visages, mais quelques remarques faites au sujet de leur ancienne vie de nobles avaient suffit à faire apparaître le secret de leur naissance. Dès lors, sur leur passage, toutes les maisons leur furent ouvertes, on leur procura des effets dignes de leur rang et partout ils furent comblés d'honneur.

 

 

… Et puis la douche froide

 

En arrivant à Louvain, Jean de Brabant fut reconnu par ses vassaux et retrouva sa femme, Marie de Mortagne, et châtelaine de Tournai. Tout comme Arnoul de Crainhem, ils se déclaraient bien heureux de regagner le foyer conjugal. Les deux Marie, de Mortagne et de Wesemale, les accueillirent bien volontiers, jusque dans leurs lits, pour s'offrir corps et bien à leurs seigneurs. Mais il s'avéra bientôt qu'elles étaient deux Marie-couche-toi-là. Car leurs maris retrouvés, en fait, n'étaient que des aventuriers habiles, lesquels avaient monté une supercherie si énorme … qu'elle avait fonctionné. Ce fut la Dame de Diest, vieille tante finaude de Marie de Mortagne, qui soupçonna l'imposture la première. Le galant qui se faisait passer pour le neveu du Duc de Brabant, voyant que sa fourberie allait bientôt être mise à jour, avait déguerpi prestement pour se rendre auprès du roi de France Philippe IV. En qualité de mambourg (administrateur) des biens de sa femme, il vendit au souverain la terre de Mortagne pour pas trop cher et fut en prime officiellement reçu dans l'ordre de chevalerie français. Cette bonne affaire pour tout le monde tomba à l'eau lorsqu'il fut découvert que le faux Jean de Brabant n'était qu'un gueux connu sous le nom de Jean de Gistel. Le roi de France l'envoya croupir en prison. Il était temps. Dans l'intervalle, le faux Arnoul de Crainhem avait poussé l'outrecuidance jusqu'à faire enlever l'écusson qui mettait ses armoiries à l'honneur dans l'église des Récollets à Bruxelles. Trop modeste, ou trop superstitieux, il ne voulait pas que ce témoignage de reconnaissance offert en mémoire de sa bravoure lui portât malheur. Il n'eut pas de chance, en effet, car sa fourberie fut également découverte et dans son cas, elle fut punie par une mort cruelle. Amara mors, précise la chronique latine.

 

Satan était-il de la partie ?

 

L' affaire prit alors une connotation religieuse. Pour expliquer la folie des hommes - et surtout des femmes - qui avait succombé si facilement à la supercherie, l'on évoqua la possibilité d'un ensorcellement. Le chroniqueur Henri de Genlis utilise les termes "quasi fascinati". Pensez donc ! Tant d'impudeurs de la part de nobles dames, ce n'était pas Dieu possible. Tout cela sentait le soufre. Une seule explication était possible pour les bien pensants et pour les tenants de l'ordre établi : le Diable avait dû être de la partie. Les escroqueurs furent dès lors identifiés comme des lollards (ou lollaerts). Ainsi étaient nommés les hérétiques qui pullulaient en Brabant et en Hainaut en ce début du quatorzième siècle. Leur secte rassemblait les "louant Dieu" ou "pieux chanteurs" qui priaient le Seigneur en marmonnant des psaumes ou des hymnes latins. Prêtres et moines ennemis jurés de ces gens-là cherchèrent à noircir les lollards en usant du terme pour identifier plus généralement toute personne qui se cachait derrière le masque de la piété pour dissimuler ses crimes. Pour les tenant de la vraie foi, le qualificatif de lollard fut par extension le nom donné à tous les affreux hypocrites qui, sous l'apparence de la sainteté, nourrissaient en réalité des vices abominables et entretenaient des erreurs monstrueuses. Parmi moult turpitudes, les lollards étaient accusés de prétendre que Lucifer et ses démons avaient été injustement chassés du Paradis. Et d'ajouter qu'ils y rentreront un jour en chassant Saint Michel et tous les anges. A ce qu'ils disaient, Enoch et Elie avaient donné aux membres de la secte le pouvoir d'absoudre tous les péchés. A Crainhem, on pu donc imaginer que le faux Arnoul IV avait dû s'octroyer lui-même et à l'avance une pleine absolution pour son odieuse entreprise.

 

GVODY

 

 

     
  Le terme de "lollard" resservit quelques décennies plus tard en Angleterre dans un tout autre contexte. John Wyclif, un anglais universitaire de grand renom à Oxford, avait établi une distinction entre la l'Eglise visible, celle de la papauté, riche et avide ; et l'Eglise véritable, celle des pauvres et des humbles reconnus par Dieu et qui iront au paradis. Les prêtres lollards qui défendaient ce point de vue réclamaient, outre la traduction de la bible en langue vulgaire, le renoncement aux richesses de la part de l'Eglise. Ils attisèrent une révolte populaire en 1381 pour faire valoir leurs idées anticonformistes. Faut-il préciser que la répression fut des plus expéditives ?  
     

 

 

Voici comment furent châtiés les lollards hérétiques d'Angleterre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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