Woluwe-Saint-Lambert - Le 27 avril 2010
La très longue histoire du moulin de Lindekemale
C'est dans le lieu-dit de Lindekemale, en français "enfoncement du petit tilleul" qu'un moulin à grain fut bâti le long de la Woluwe en un temps immémorial. Avec le moulin du Neckersgat à Uccle, c'est le dernier qui subsiste en Région bruxelloise où, il y a 150 ans, pas moins de 87 moulins à eau étaient dénombrés. Situé entre l'ancienne place fortifiée du Slot (aujourd'hui le restaurant Colmar) et le Château Malou à Woluwe-Saint-Lambert, le moulin de Lindekemale est l'un des buts de promenade les plus pittoresques de Bruxelles-Est.
Origines du moulin à eau
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Anciennement, le flux d'eau était placé plus haut afin d'augmenter la puissance |
Le moulin à eau aurait été inventé aux alentours du second siècle avant Jésus-Christ, époque à laquelle l'architecte romain Vitruve décrit le fonctionnement d'un "hydralète", ce qui laisse penser à une origine grecque. Sa diffusion en Italie aurait été favorisée par Jules César. Quelques villas gallo-romaines en furent sans doute équipées au 2ème et 3ème siècle. Mais son réel développement en Europe date de l'époque carolingienne. Un relevé réalisé en 1789 indique que 80% des moulins à eau encore en fonctionnement ont été construits pendant cette période. Dès le 9ème siècle, avec la fin des invasions barbares et le nouvel essor démographique qu'elle permit, de nombreuses installations hydrauliques sont apparues le long des voies d'eaux à débit régulier. Celles-ci ont remplacé progressivement les "moulins à sang" qui étaient mus par la force animale ou humaine. Chaque meule d'un moulin à eau peut moudre 150 kg de blé à l'heure, ce qui correspond au travail de 40 esclaves ou dix mulets. Autant dire que la possession d'un moulin à eau était alors synonyme de richesse. Souvent construits à l'initiative de petites communautés villageoises, ils tombèrent sous le contrôle des seigneurs locaux et des abbayes. Les moulins à vent ne feront leur apparition qu'un peu plus tard au 12ème siècle, probablement importés d'orient par les croisés.
Le moulin de Lindekemale au fil des siècles
En l'an de grâce 1129, le chevalier de Wezembeek décide de faire don à l'abbaye de Parcq de la moitié de moulin qu'il possède. C'est la première mention du moulin de Lindekemale. Véritable bienfaiteur des Prémontrés installés à Héverlée près de Louvain, Etienne de Wezembeek se donne à l'abbaye fondée cette année-là, en même temps qu'il lui cède la totalité de ses biens personnels, en bonne entente, paraît-il, avec sa femme Gela et ses enfants. Le reste du moulin est offert par les familles seigneuriales de Duffel et de Woluwe. Le moulin de Lindekemale figure dans l'inventaire de l'abbaye norbertine réalisé en 1665. Vers 1611, c'est toujours un moulin à grain mais à cette activité s'est ajoutée, dès le 16ème siècle, celle de moulin à papier. Exploité par un certain Jean Danoot, le seigneur des lieux entre en conflit avec celui-ci en 1562 après une élévation du niveau du cours d'eau destinée à augmenter la puissance du moulin. Un compromis fut adopté à la faveur du sieur Danoot qui eut à verser une redevance de 3 chapons. En 1686, il est à nouveau mentionné comme moulin à papier. L'énergie produite servait à défibrer les chiffons détrempés en pâte à papier en actionnant une pile à maillets, ensemble de pilons munis de pointes. En 1794, la révolution française oblige l'abbaye de Parc à se dessaisir de ce bien parmi d'autres. Le moulin de Lindekemale gardera cette double vocation à produire de la farine et du papier jusqu'au 19ème siècle, alors que la famille Devis en est entretemps devenue propriétaire. Jean Devis fut Bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert entre 1819 et 1860. Ses 41 ans de mandat maïoral demeurent un record à battre dans la commune. Equipées de machines à vapeur, bientôt électriques, minoteries et papeteries industrielles sonnent le glas des moulins à eau traditionnels. A la fin du 19ème siècle, il était possible de louer des chambres à l'étage du moulin. L'une d'elle accueillit le compositeur et pianiste Henri Thiébeau qui composa là son oeuvre maitresse, "La Passion du Christ". Il recevait de nombreuses personnalités du monde artistique, dont le peintre impressionniste Jan Stobbaerts. Début du 20ème siècle, il subsitsait une production de tabac à priser et de chicorée, parallèlement à leur culture dans les environs. Le corps de logis est à cette époque transformé en établissement de consommation, baptisé "Laiterie du moulin", pour attirer les promeneurs de plus en plus nombreux en vallée de Woluwe depuis le percement de l'avenue de Tervueren en 1897 et sa liaison aux transports en commun. La commune fera l'acquisition du moulin de Lindekemale en 1952. En 1954, l'Atelier Libre de Dessin de Woluwe s'y installe, puis il abrite un certain temps la menuiserie communale. A partir de 1966, le moulin est transformé en restaurant, vocation qui est encore la sienne de nos jours.
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| La Laiterie du Moulin comme il y a cent ans |
Un moulin dont l'aspect a évolué
Construit en grès calcaire, l’édifice devait à l’origine être recouvert de chaume avant qu’un étage de briques n’y soit ajouté. Lorsqu'il fut transformé en café-laiterie au début du 20ème siècle, le bâtiment reçut une série de retouches à caractère pittoresque : pignons à redents de style néo-renaissance flamande, volets, enseigne rustique, etc. Après un incendie en 1928, l’aile sud, à vocation industrielle, est reconstruite. En 1997, le restaurateur Luc Wilkin signe un bail emphytéotique avec la commune et confie à l'architecte Alain Robaerts la mission de réaliser d'importants travaux de rénovation. De nombreuses contraintes ont dû être respectée car le site est classé depuis 1989. Il fit démonter la toiture et mit la charpente à nu. Malgré les infiltrations d'eau, cette dernière a pu être conservée. La couverture a été entièrement remplacée par des tuiles à l'identique. En ce qui concerne les façades, aucune modification notable n'est à signaler quant aux parties les plus anciennes. Une fenêtre supplémentaire a toutefois été percée côté ouest, en aval du canal d'amenée d'eau à la roue à aube. Côté nord, la couverture de l'auvent a été remplacée tandis que l'ancien toit plat a cédé place à une toiture à versants.
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| Les abords du moulin n'ont pas toujours été aussi bien aménagés ... |
Vicisitudes d'une roue à aube
Un moulin à eau sans roue à aube qui tourne ne peut susciter que de la mélancolie. Aussi, la commune a entretenu le souci constant de lui faire reprendre sa rotation séculaire. Une première restauration eut lieu en 1956, réalisée par un ouvrier communal spécialisé, Léopold Hernalsteens. En 1994, une nouvelle roue à aube de 2m30 de diamètre pesant 2800 kg est installée par la société Thomaes Molenbauw située à Roulers. C'est l'une des principales entreprises disposant d'une expertise en matière de restauration de moulins en Europe. En 2008, une nouvelle roue dont les pales en métal conservent la même apparence a remplacé la précédente. Pour faire tourner la roue du moulin, un chenal supplémentaire séparé du lit de la Woluwe a été construit depuis l’embouchure du marais du Struybeek. Allez voir sur place le résultat. Le mouvement de la roue qui tourne, chargée de l'eau qui coule doucement, produit un spectacle charmant.
GVODY
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| Le marais voisin du Struykbeke alimente le chenal qui mène à la roue à aube |
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