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Le 12 mai 2011

 

 

 

L'origine du nom donné à Woluwe-Saint-Lambert :
toute une histoire

 

 

Les écrits les plus anciens qui nous sont parvenus citent Wiluwa (vers 1050), Wolewe (1117), Wlewe (1129), Wlua (1140, Wiluwa (1146) et enfin Woluwe (vers 1180). Mais sans jamais lui adjoindre le nom d'un quelconque saint. Cela n'implique pas pour autant que des chapelles ou églises n'auraient pas été fondées en ces lieux à une époque reculée. L'on sait que d'importants travaux de défrichement de la forêt de Soignes eurent lieu au XIème siècle, époque à laquelle une communauté composée de nombreux cultivateurs vinrent s'y installer. Plusieurs éléments de l'église Saint-Lambert, dont sa tour carrée, datent du XIIème siècle et lui confèrent la distinction de plus ancien monument de la commune qui porte son nom. Le monument a été installé sur une butte, à l'emplacement de l'actuelle Place du Sacré-Cœur, autant pour marquer son importance que pour le préserver des inondations. La première mention de son existence remonte à 1187 (ecclesia Sancti Lamberti in Woluva).

 

Une origine plus lointaine ?

 

Si des vestiges encore plus anciens existent sous les fondations de l'église que nous connaissons, ils sont inaccessibles. Nous pouvons nous plaire à imaginer que cela puisse être le cas car une tradition raconte que Saint Hubert, évêque de Tongres-Maastricht, aurait donné le nom de son vénéré prédécesseur, Lambert, à une église située à Woluwe au VIIIème siècle. Saint Hubert mena sa mission évangélisatrice jusqu'au cœur du Brabant et mourut en 727 non loin d'ici, à Tervueren. Le mystère des origines demeure cependant car aucune preuve matérielle n'est là pour authentifier l'intervention de Saint Hubert à Woluwe. Aucune preuve du contraire non plus. Les ouvrages mentionnant cette tradition sont postérieurs de huit siècles et les sources de leurs auteurs (Molanus en 1595, Wichmans en 1639) nous manquent. Mais il est avéré que le célèbre patron des chasseurs consacra beaucoup d'effort au développement de la mémoire de Saint Lambert, principalement à Liège mais pas seulement. Il lui aurait également consacré une église à Héverlee, tout près de Louvain.

 

Une histoire de chanoines faussaires

 

Trois siècles plus tard, Lambert II Baldéric est Comte de Louvain et de Bruxelles et fait construire une église sur le mont du moulin, au Coudenberg, en l'honneur de Saint-Michel. L'archange terrasseur de dragons était alors le saint patron de Bruxelles, comme il l'est encore aujourd'hui. Les ossements de Sainte Gudule y furent bientôt transférés depuis l'église Saint-Géry et l'église reçut leur double patronage. Lambert de Louvain décida de confier sa gestion à un chapitre de 12 chanoines. Voilà pourquoi la Cathédrale Saint-Michel et Gudule, actuel siège de l'évêché Maline-Bruxelles, reçu le nom officiel de Collégiale qu'il conserve toujours. En 1047, le collège des chanoines reçut neuf bonniers de terres arables à Woluwe, c'est à dire un peu plus de onze hectares. En guise de remerciement, les chanoines auraient placé l'église woluwéenne sous le patronage de Saint Lambert, c'est à dire en fonction du prénom du Comte. La chronique ne précise pas si l'église en question fut bâtie à cette époque ou si une autre église s'y trouvait déjà dont le nom aurait été oublié. Cette version ne fait aucun cas d'une intervention antérieure de Saint Hubert. Le mystère s'épaissit quand l'historien Michel Dieudonné nous révèle dans son ouvrage Vivante Woluwe (Pré aux sources, 1986) que le texte qui attribue aux chanoines bruxellois la propriété des terres de Woluwe, daté de 1047, se serait révélé être un faux rédigé en 1185. Les chanoines auraient voulu établir l'existence d'un lien particulier avec le donateur de leurs terres de Woluwe, Lambert de Louvain, pour mieux en justifier l'appartenance et la présenter comme une évidence. Il est vrai que lorsque l'on rédige un faux document, c'est rarement pour raconter une histoire vraie. D'aucun rétorqueront que le chanoine faussaire aurait également pu agir sans une totale mauvaise foi, simplement pour remplacer un document disparu. L'on sait par ailleurs qu'il fallut consacrer à nouveau la Collégiale en 1072 à la suite d'un incendie qui pourrait avoir causé la disparition de tous les documents authentiques.

 

Qui était Saint Lambert ?

 

Au fond, peu importe si l'église se vit attribuer le patronage de Saint Lambert suite à l'intervention de Saint Hubert ou en l'honneur du Comte de Louvain. Car c'est toujours du même Saint Lambert qu'il s'agit. Né en 636 à Maastricht, sous le règne du Roi Dagobert, Lambert fut un grand évangélisateur d'une population encore attachée aux anciens dieux celtes. A cette époque, Cernunnos et Arduinna gardaient tout leur prestige dans les campagnes et les forêts ardennaises, laissant le christianisme aux élites et aux habitants des villes. Issu d'une famille comtale de riches propriétaires terriens, il reçut une éducation à la cour royale mérovingienne. Childéric II le nomma évêque du diocèse de Tongres-Maastricht entre 669 et 675. C'était une époque troublée par d'incessantes luttes d'influence pour le contrôle du royaume franc d'Austrasie. Lambert fut déposé après l'assassinat du roi et remplacé par un certain Pharamond pendant quelques années. Il reprit sa charge épiscopale après que Pépin de Herstal, dit le Gros, ait accédé au pouvoir en 680. Le 17 septembre d'une année inconnue située entre 696 et 705, un haut fonctionnaire nommé Dodon le fit assassiner à Liège. C'est à cet endroit précis que Saint Hubert, en tant que nouvel évêque, fit construire un Martyrium où la dépouille de son prédécesseur fut transférée depuis l'église Maastricht où elle avait d'abord été conservée. La ville de Liège doit une bonne part de son essor à cette installation religieuse sur la future place qui porte toujours le nom du saint. Elle céda plus tard la place à une première cathédrale consacrée à Saint Lambert, puis à une autre qui fut détruite à l'époque de la révolution française.

 

 

L'obscur mobile de son assassinat

 

Pour certains historiens, son meurtre aurait été commandité par Alpaïde, concubine de Pépin et mère du futur Charles Martel, le fondateur de la dynastie carolorégienne qui succéda aux mérovingiens. Pépin le Gros aurait voulu répudier sa femme Plectrude et demandé à l'évêque Lambert de le marier à sa maîtresse. Suite à son refus, le frère d'Alpaïde, Dodon, aurait alors commandité l'assassinat de Lambert. Mort pour défendre la morale chrétienne et le caractère sacré du mariage, Lambert devenait un martyre et un saint. Voilà qui permettait de mieux mobiliser la foule des bien-pensants qui ne manquèrent pas de condamner la relation extra conjugale du roi. Trop opportunément ? Pour certains esprits critiques, les hagiographes du saint auraient quelque peu enjolivé sa biographie afin de mieux stimuler son culte. D'autres chroniqueurs ont relaté avec précision une dispute entre des parents de l'évêque et deux escogriffes, Gallus et Rivaldus, lesquels appartenaient à la clique de Dodon. Ceux-ci s'en seraient pris aux propriétés de l'évêque Lambert et à ses gens. La querelle aurait dégénéré à leur désavantage. L'assassinat de Saint Lambert aurait dans ce cas été la victime d'un règlement de compte entre factions rivales. Cette histoire est en effet moins présentable aux pèlerins. Comment savoir ce qui fut vraiment ? La vérité pourrait aussi bien résider dans un mélange des deux versions. Saint Hubert portait à l'évidence une très haute estime à Saint Lambert. Il devait avoir de bonnes raisons pour la lui consacrer. Peut-être existe-t-il d'autres éléments qui nous demeurent inconnus. C'était il y a si longtemps.

 

 

GVODY

 

 

Le martyre de Saint Lambert, tableau du XVème siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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