WOLUWE-SAINT-LAMBERT - 13 février 2009
L'édifiante histoire du Château Malou ...
Le 8 juin 1773, le Pape Clément XIV prononce la dissolution de la Compagnie de Jésus. Son élection au trône de Saint-Pierre aurait eu pour prix l’éviction des Jésuites que leur trop grande influence avait rendue insupportable en Europe. Ils resteront hors jeu jusqu’en 1814, lorsque Napoléon abdique. Les propriétés foncières qui appartiennent à l’ordre sont destinées à être liquidées en vente publique. Un banquier fait l’acquisition en 1774 d’une maison champêtre entourée de 8 hectares qui jouxtent ce qui deviendra un jour le Boulevard de la Woluwe. A la place, il fait construire le Château que l’on voit aujourd’hui. L’édifice a l’apparence que l’on donne aux belles maisons de campagne à l’époque. Il présente une façade de sept travées de fenêtres à volets sur deux niveaux, surmontée d’un fronton triangulaire sous un toit d’ardoises. Le roi Louis XVI a toujours la tête bien installée sur ses épaules. Sans surprise, le style architectural néo-classique de la demeure peut porter son nom. Comment s’appelait le banquier ? Son nom était parfait pour un habitant de cette commune : Lambert de Lamberts. Un limbourgeois, toutefois.
Un siècle passe
Le château est habité par les héritiers du Sieur de Lamberts. Puis passe dans les mains d’un certain Charles-Louis Kessel avant d’être acquis par Pierre Van Gobbelschroy, Ministre de l’Intérieur orangiste nommé par le Roi des Pays-Bas en 1825. Cinq ans plus tard, la révolution belge éclate. Les fidèles de Guillaume Ier sont éjectés du pouvoir. L’ancien Ministre oublie la politique dans les bras d’une somptueuse maitresse. Marie Lesieur, dite Lesueur, est une célèbre danseuse étoile. Née à Paris, elle a commencé sa carrière à Marseille avant de venir faire sensation à Bruxelles dans la troupe de ballet de Jean-Antoine Petitpa. Une gloire internationale de la danse, à l’époque, dont le nom ne s’invente pas. La Revue des spectacles de 1822 décrit Marie Lesueur comme « Douée, dans les jarrets et les pieds, d’une vigueur extraordinaire pour son sexe ». Elle a la réputation d’être une femme de caractère à qui peu de choses résistent. Le peintre David la prend pour modèle dans son tableau « Mars terrassé par Vénus » en 1824. Elle est Vénus. On peut voir le tableau aux Musées royaux des Beaux-Arts à Bruxelles.
Les années du bonheur
Année après année, Pierre Van Gobbelschroy et Marie Lesieur embellissent le château et le parc. Ils filent le parfait amour, tout à fait heureux, et se moquent bien du qu’en dira-t-on. Puis un jour la maison des amants devient la maison du drame. De très mauvais placements ont réduit à peau de chagrin la fortune du couple. A la fin, la chandelle est morte : toute la fortune de Van Gobbelschroy a été engloutie dans des fabriques de bougies. Il se suicide en 1850. Elle vend le domaine. Marie Lesieur mourra dans un total dénuement à l’âge de nonante ans, dans une toute petite maison de la rue Keyenveld à Ixelles.
Le château acquiert son nom
C’est le Notaire Van Keerbergen qui devient propriétaire de la magnifique demeure. Mais ce dernier ne le garde que deux ans. Un influent banquier qui a été Ministre des Finances le lui achète. Il s'appelle Jules Malou. Il donnera son nom actuel au château. Jules Malou vient d’une famille de riches négociants français installés à Ypres où il naît en 1810. Il est une figure importante de l’histoire de la Société Générale de Belgique dont il a été Directeur entre 1848 et 1871. Il y était entré pour la sauver car une terrible crise menaçait jusqu’à son existence. C’était il y a septante ans tout rond avant que Fortis tremble sur ses bases …
Une figure marquante
A l’époque, Jules Malou est l’un des rares grands banquiers catholiques. Les libéraux de l’époque, qui sont en finance sur leurs terres de prédilection, lui font une réputation de politicien et d’homme d’affaire retors. Un peu injustement, peut-être, puisque l’autre camp lui fait une réputation d’humaniste accompli. Malou est encore homme de médias, polémiste acharné dans Le Journal de Bruxelles, rompu comme pas deux aux vicissitudes du monde de la politique et de la haute finance. Il a son propre journal, l’écho du Luxembourg. Un peu poète, il taquine la rime, parfois; et est passionné d’agronomie. Bref, c’est un touche à tout, doué peu ou prou. Il achève sa carrière comme Ministre d’Etat, tout de même, après un retour aux affaires publiques en 1871.
Arrive le XXème siècle
Jules Malou a cinq enfants. Deux entrent dans les ordres, l’histoire ne dit pas s’ils furent jésuites. Une de ses filles épouse un aristocrate, le Baron Alfred d’Huart, dont il redore quelque peu le blason en échange d’un nouvel échelon franchi dans l’échelle sociale pour sa progéniture. Scénario classique. Les épousés recevront plus tard le château en héritage. Leurs descendants le conserveront dans la famille jusqu’en 1950. Et c’est la commune de Woluwé-Saint-Lambert qui en fera alors l’acquisition. D’importants travaux de rénovation ont été menés en 1970 sous la houlette de l’architecte Tillemant. Une salle des mariages a été aménagée, de même que des locaux qui ont accueilli longtemps une galerie de prêt d’œuvre d’art (GPOA). Une nouvelle phase de rénovation, fort nécessaire, a été décidée en 2008 par la commune. Le parc a été classé en 1993. Il y a de quoi faire pour le conserver en bel état car le terrain parsemé de sources et irrigué par la Woluwe est assez marécageux.
Le lion du Chateau Malou
A l’entrée du parc, côté Boulevard de la Woluwe, se trouve un lion rugissant bien connu de tous les habitants de l’est de la capitale. Cette statue est l’œuvre de Raymond de Meester de Betzenbroeck. Autodidacte, il avait étudié les animaux au Zoo d’Anvers pour y puiser son inspiration. L’artiste animalier est mort à nonante-et-un ans à Woluwé-Saint-Lambert. Ce lion qu’il avait sculpté pour l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958 est depuis le gardien très fidèle du Château Malou.
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