1

 

1 1 Crainhem 1 1 1
a
ln
Vie locale
1Enjeux et débats
1Culture
1Environnement
Vie locale
1Loisirs & Spectacles
1Shopping et Wellness
1Restaurants
Vie locale
1Initiatives publiques
1Education et Santé
0Adresses utiles
Vie locale

 

 

 

 

Le 17 octobre 2011

 

 

 

Le Château Jourdain à Crainhem
témoin de l'histoire de la presse belge

 

 

Le Château Jourdain porte le nom d'une famille qui a beaucoup compté dans l'histoire du journalisme belge. De la bâtisse originelle qui apparaissait sur la carte de Ferraris datée de 1777, il ne subsiste de nos jours que l'aile nord. Un médecin bruxellois, le docteur Gaillard-Vandecasteele transforma en demeure patricienne ce qui n'était alors qu'une ferme dotée d'une cour intérieure. Il fit reconstruire toute l'aile sud en 1883 dans le style éclectique cher à la haute bourgeoisie de l'époque. Victor Jourdain en fit l'acquisition en 189". Plusieurs générations de patrons de presse y séjournèrent ensuite jusqu'au rachat du "château" par la commune en 1980. D'importants travaux de restauration lui donnèrent son état actuel en 2006.

 

La ferme en U est visible à droite de la carte de Ferraris datée de 1777

 

Qui étaient les Jourdain ?

 

En 1880, les frères Victor et Louis Jourdain tentèrent un coup d'essai en rachetant la "Feuille générale belge d'annonce". Leur première incursion dans le secteur de la presse belge se solda par un échec. Qu'à cela ne tienne, ils lancèrent en 1884 un journal catholique et conservateur, "Le Patriote", qui rencontra un énorme succès. Pour financer son lancement, ils empruntèrent une démarche résolument novatrice à l'époque. Les lecteurs qui souscrivaient à un abonnement de trois ans devenaient de facto actionnaires du journal. D'emblée, "Le Patriote" rassembla 6300 abonnés actionnaires. Le journal s'en prenait durement aux libéraux de l'époque. Les controverses étaient si âprement menées que les installations du journal furent plusieurs fois mises à mal pendant les manifestations de rue qui eurent lieu dans la foulée des élections de 1984. Le tirage ne cessa d'augmenter année après année et atteignit 80.000 exemplaires en 1910. Un magazine hebdomadaire, Le "Patriote Illustré", vit le jour en 1885. En 1891, les frères Jourdain lancèrent un journal à petit prix destiné aux ouvriers, "Le National". Suivirent le "National Illustré" et son pendant néerlandophone "Huisgezin", entre autres publications. Bref, les Jourdain étaient à la tête d'un important groupe de presse. Un tiers de la presse hebdomadaire illustré résidaient à une époque dans leurs mains.

 

 

Et la guerre arriva …

 

En 1914, lorsque débuta l'occupation allemande, tout s'arrêta. Mais dès 1915, Victor Jourdain décida de publier un journal clandestin. Pour s'opposer au journal collaborationniste "La Belgique", les éditeurs châtelains à Crainhem lui donnèrent le nom que le journal a gardé de nos jours : "La Libre Belgique". Le journal, imprimé par une tournante d'imprimeurs différents, était au départ presque entièrement rédigé par les soins de Victor Jourdain. Un dispositif complexe fut mis en place pour assurer l'anonymat des éditeurs. Les textes étaient cachés dans des tuyaux de radiateurs ou insérés dans des trous forés dans les portes de l'immeuble du Patriote, rue Montagne aux Herbes potagères. L'immeuble était appelé La Konspiratur, en opposition à la Komandantur de l'occupant. Une canne creuse était utilisée pour livrer les articles à l'imprimeur auxquels se présentent des intermédiaires qui portaient fausses barbes et déguisements. Le journal précisait en sous-titre qu'il se trouvait domicilié dans "une cave automobile". Des vendeurs à la sauvette, comme par exemple Henri Bernard qui fut un grand résistant pendant la seconde guerre mondiale, apportaient leur renfort pour la distribution discrète du journal. Il s'agissait d'un travail dangereux car 32 distributeurs furent capturés à Anvers en février 1916. Un des plus inconscients d'entre eux eut l'audace de glisser une exemplaire du journal clandestin dans la boite aux lettre du Gouverneur Général von Bissing. Un peu plus tard, un numéro montra un montage photographique où le chef de l'occupation allemande lisait un exemplaire de La Libre Belgique. La légende ne manquait pas de sel : "Notre cher Gouverneur, écoeuré par la lecture des mensonges des journaux censurés, cherche la vérité dans `La Libre Belgique".

 

Un exemplaire de La Libre Belgique clandestine daté de janvier 1916

 

Des facéties et des moments difficiles

 

Il n'y avait cependant pas toujours de quoi rire. A Bruxelles, le Père Dubar du Collège Saint-Michel fut capturé et condamné à 12 ans de travaux forcés. Excédé, l'occupant allemand envoya depuis Berlin une équipe de spécialistes, véritables agents secrets, chargés de débusquer les subversifs éditeurs du journal. Une somme de 100.000 marks leur avait été promise s'ils y parviennaient. Mais peu de temps après leur arrivée à Bruxelles, La Libre Belgique publia leurs photos à la Une du journal en ajoutant "Nous sommes heureux de pouvoir déclarer que la Direction de La Libre Belgique a fait déposer à la Deutsche Bank une somme de 100.000 marks destinée à doubler la récompense de ce que touchera celle d'entre ces dames ou celui de ces messieurs qui voudra bien venir nous saluer dans nos bureaux". Victor et Louis Jourdain, dont le rôle resta secret pendant toute la durée de l'occupation, décédèrent peu de temps avant la fin de la guerre, sans avoir pu assister à la libération. Pendant toute la durée de la guerre, 171 numéros de la Libre Belgique clandestine auront été publiés. Certains numéros furent tirés jusqu'à 25.000 exemplaires.

 

A la libération

 

En 1918, les fils de Victor reprendront les affaires familiales. Paul Jourdain géra les quotidiens, désormais sous l'étendard de La Libre Belgique. Son frère Joseph s'occupa des hebdomadaires illustrés, domaine où le groupe occupait une position de leadership incontesté. Pendant la seconde guerre mondiale, tout s'arrêta à nouveau. En 1945, il ne subsista du groupe de presse que La Libre Belgique et le Patriote Illustré. Paul Jourdain décéda en 1954 et son frère Joseph disparut à son tour un an plus tard. C'est leur neveu, Victor Zeegers, toujours châtelain à Crainhem, qui reprit les rennes du groupe de presse jusqu'à sa mort en 1972.

 

 

La vocation actuelle du château Jourdain

 

Aujourd'hui, le domaine est devenu un lieu important de la vie culturelle et sociale des crainhemois. Expositions, ateliers de peinture, conférences, réunions d'associations locales sont organisés dans le Château qui accueille La Compagnie d'Arc Saint Sébastien et un Cercle de pétanque. Il est également possible de louer les salles pour des événements privés et familiaux.

 

 

GVODY

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1