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Le 4 octobre 2010

 

 

 

L'époque héroïque de l'aéroport de Stockel

 

 

Qui se souvient encore qu'il y a cent ans exactement, en 1910, une exposition universelle se tint à Bruxelles ? Le projet d'installer les pavillons des nations venues du monde entier dans le Parc de Woluwe avait été avancé. Mais le choix fut finalement porté sur le plateau du Solbosch, lequel devait accueillir l'ULB dix ans plus tard. La seule contribution donnée par nos communes consista en la mise à disposition du terrain d'aviation installé sur le champ de course de Stockel. Car c'est à Woluwe-Saint-Pierre qu'il fut donné d'assister à quelques uns des tous premiers coups d'ailes de ceux que l'on appelait alors les "plus lourds que l'air". L'aéroport situé à Bruxelles-Est a compté dans l'histoire de l'aviation.

 

Illustration fantaisiste annonçant l'exposition unniverselle de 1910 à Bruxelles

 

Les temps héroïques

 

Un galop d'essai réussi durant l'été 1909 avait achevé de convaincre la Société de l'hippodrome de Stockel d'aménager une piste de 3 km. Elle fut utilisée pour une exhibition qui rassembla plusieurs des pionniers belges de l'aviation. Le 29 août de cette année, 6000 spectateurs y assistèrent, dont le Prince Victor Napoléon. C'était un dimanche. Louis Gaudart eut malheureusement des difficultés avec son allumage. Il n'effectua ce jour-la que quelques sauts de puce de 400 mètres de longueur avec son biplan Voisin. Le lendemain, un vent violent soufflait. Gaudart parvint cependant à réaliser un vol de 800 mètres en ligne droite à 15 mètres de hauteur. L'atterrissage fut rude mais l'avion ne cassa pas. Plus tard dans la journée, il fit un autre vol de 1000 mètres - cette fois avec des virages ! - à 20 mètres de hauteur. Un autre aviateur, Legagneux, fit un vol de 700 mètres avant d'atterrir en difficulté et de briser la barrière qui délimitait la piste. Bref, pas de grands exploits pour cette fois. Du moins en comparaison de celui de Louis Blériot qui venait de réussir la traversée de la manche quelques semaines auparavant, le 25 juillet 1909.

 

Entrée de l'aéroport de Stocke-lez-Bruxelles, c'està dire de l'hippodrome

 

De la gloire ...

 

   
     

C'est le 23 juillet 1910 que "l'Aéroport de Stockel-lez-Bruxelles" fut officiellement porté sur les fonds baptismaux. Ce jour-là, l'Aéro-Club de Belgique organisa un grand meeting qui s'intégrait dans le cadre de l'exposition universelle. L'événement fut une date marquante de l'histoire de l'aviation. La foule venue au rendez-vous était énorme. Le Prince Albert assista à l'inauguration. De nombreux jeunes pilotes belges vinrent défiler sous les yeux ébahis de la foule jusqu'au 4 août. Les noms de ces intrépides fous du ciel ? Il y avait le célèbre Pierre de Caters, qui fut le premier pilote belge (son brevet portait le numéro 1). Mais il ne put briller à cette occasion car il cassa une des ailes de son tout nouvel Aviatik modèle Farman. Il y avait encore Jules de Laminne, Alphonse de Ridder, Alfred Lanser, Jules Tijk, Charles Van den Born, Léon Verstraeten, Joseph Christiaens, Joseph d’Espel. Mais le plus connu d'entre eux tous, était Jan Olieslagers. Le "Démon anversois". Avec son monoplan Blériot XI (le modèle qui a servi à la première traversée de la Manche) à moteur Gnôme à 14 cylindres de 100 chevaux, il rafla douze des vingt prix. Il fut le plus rapide. Il effectua le vol le plus long, soit 2h35, ce qui lui valut le Prix du Roi. Mais surtout, il établit un nouveau record du monde d'altitude en grimpant à 1776 mètres. Pour participer au meeting de Stockel, Olieslagers avait dépensé des sommes importantes. Bien lui en prit car le montant total des prix gagnés lui rapporta 40.000 francs de l'époque. C'était ce que coûtait approximativement un avion avec son moteur.

 

Le Blériot XI de Jan Olieslagers. C'est le même avion que celui qui a permis à Louis Blériot d'accomplir la première traversée de la manche, soit 67 km.
Le Farman HF3 de Nicolas Kinet. Un avion réputé robuste mais lent. Il ne dépasse pas le 75 km/h.
Le biplan construit en 1909 par Gabriel Voisin utilisé par de nombreux pilotes comme Louis Gaudart ou Pierre de Caters.

 

... Et aussi des drames

 

Le 3 août, un jour avant la clôture de ce fameux meeting de l'été 1910, l'aviateur Nicolas Kinet était en tête du classement général, devançant même Olieslagers. Le liégeois grimpa dans son biplan H. Farman. Non sans appréhension car son cousin Daniel Kinet s'était tué trois semaines plus tôt lors d'un vol d'exhibition à Gand. C'était le premier pilote belge mort d'un accident d'avion de l'histoire. Sous le regard de la foule venue en nombre à Stockel, que l'on peut deviner anxieuse autant qu'admiratrice de son courage, il décolla et grimpa jusqu'à une altitude de 200 mètres. Depuis le hangar, la jeune épouse de Nicolas Kinet suivait son mari des yeux. Mariée depuis seulement quelques mois, ses sentiments oscillaient entre l'inquiétude et la fierté. Elle ne vit pas tout de suite que le tendeur de la cellule arrière du biplan s'était brisé, probablement à cause de soudaines turbulences. Celui-ci aboutit en travers du moteur qui s'arrêta net. L'appareil tomba en piqué d'une hauteur de 100 mètres et s’écrasa dans un champ situé derrière la gare de Stockel. Le moteur et le réservoir à essence étaient tombés sur le dos de Nicolas Kinet. En sus de plusieurs blessures aux jambes, sa poitrine était défoncée, sa boîte crânienne brisée. Il mourut sur le coup. Sa femme s'élança pour lui porter secours. On la retint avec difficulté, en lui cachant d'abord la vérité. La triste réalité s'imposa à elle quelques instants plus tard. A ce moment, le frère de Nicolas Kinet s'effondra dans un terrible accès de désespoir. Il tenta de se suicider en se jetant la tête la première sur une caisse posée près du hangar. La ville de Liège n'eut plus qu'à annuler la réception solennelle déjà prévue en l'honneur du malheureux aviateur.

 

Le biplan deNicolas Kinet écrasé au sol lors du meeting de l'été 1910

 

Un jour noir dans l'histoire du parachutisme

 

Dès 1911, les femmes ont tenu une place d'honneur dans l'histoire du parachutisme. En 1914, l'une des plus célèbres, la française Lucienne Cayat de Castella fit une exhibition organisée à l'Aéroport de Stockel-lez-Bruxelles pour démontrer la fiabilité des parachutes fabriqués par son mari, lequel était l'inventeur d'un système d'ouverture assisté à air comprimé. Madame Cayat de Castella s'attacha sous l'avion avec une sangle. Un autre harnais placé sous ses aisselles la reliait à son parachute qui était fixé sous l'aile de l'avion. Elle tenait des chiffons dans ses mains pour ne pas se couper sur les câbles auxquels elle se cramponnait. Ce 26 juillet 1914, l'avion de son mari Georges, un Rob, prit les airs. Il était assez confiant car l'essai du 17 mai dernier à Nevers s'était bien déroulé. Malheureusement, cette fois, le parachute ne s'ouvrit pas. Lucienne Cayat de Castella s’écrasa au sol et décèda aussitôt.

 

Madame Lucienne Cayat de Castella peu avant le dramatique accident

 

Et la guerre arriva …

 

Des événements bien plus dramatiques encore allaient se précipiter juste après ce nouvel accident. Cinq jours plus tard, Jean Jaurès était assassiné à Paris. Le lendemain, l'Allemagne, qui venait de déclarer la guerre à la Russie, adressa un ultimatum à la Belgique. La France décréta la mobilisation générale le même jour, c'est à dire le 1er août. La première guerre mondiale avait commencé. Et l'aviation allait acquérir une importance considérable. Un pilote comme Jan Olieslager, qui était devenu un habitué de l'aéroport de Stockel, totalisa environ 18 combats victorieux. Le petit aéroport de Stockel resta fermé jusqu'en 1918. Après la guerre, il n'y eut que quelques manifestations aériennes limitées. Les avions devenus trop rapides ne pouvaient plus se contenter d'une piste aussi courte. Un nouveau champ d'aviation avait été installé à Haren dès 1915 par l'armée d'occupation allemande. C'est à partir de là que les premiers vols commerciaux se développèrent en Belgique pendant l'entre-deux guerres. Il faut dire que la population locale n'appréciait que modérément la présence du petit aéroport. Déjà, l'année de sa création, un Conseiller communal dénonçait les nuisances en évoquant le tort causé ... aux cultures.

 

L'anversois Jan Olieslagers

 

Le souvenir en héritage

 

Les habitants de Bruxelles-Est ne peuvent pas oublier tout à fait ces temps admirables où l'on risquait sa vie pour s'élancer dans les airs. Avenue Salomé, au Centre sportif Woluwe 2, une stèle a été installée en 1978. Elle représente un gouvernail d'avion en souvenir de Nicolas Kinet (ou Quinet) et de Lucienne Cayat de Castella. Et il suffit de se promener dans les rues de Woluwe-Saint-Pierre qui portent les noms évocateurs d'Aviation, de l'Aéroplane, du Monoplan, de l'Hélice, du Pilote ou ... pour s'imaginer l'espace d'un instant à l'époque des premiers aviateurs héroïques qui venaient ici faucher les marguerites.

 

 

GVODY

 

 

 

Ambiance du meeting aérien de 1910 à Stockel

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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