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Le 18 novembre 2011

 

 

 

Jacques Brel en son âme à Wolubilis
Interview du chanteur Filip Jordens

 

 

 

Quel est votre premier objectif lorsque vous montez sur scène pour chanter les chansons de Jacques Brel ?

 

Tout d'abord, il y a les chansons de Brel. Les mots. Tout commence par là. Je veux transmettre les paroles écrites par Brel. On parle souvent d'imitation ou de copie mais à mon avis ce n'est pas du tout cela. Avec cet hommage, je veux rappeler Brel sur scène, puisqu'il n'est plus là. Nous avons encore ses disques mais en live, c'est quand même autre chose. J'essaie de recréer cette atmosphère qui, à mon avis, se trouvait dans ses concerts. Mais je n'essaie pas d'être Brel. Si on essaie de copier ou d'imiter, je trouve qu'on ne rend pas vraiment hommage à quelqu'un. Je ne veux pas non plus ajouter ou changer quelque chose au texte de Brel en y ajoutant mes sentiments personnels ou mes envies.

 

Filip Jordens, une ressemblance physique indéniable avec Jacques Brel

 

Comment faites-vous pour savoir si vous avez réussi à convaincre un public parfois très exigeant quand il s'agit de Jacques Brel ?

 

On le sent très vite quand l'atmosphère est bonne dans la salle. A la première chanson, et cela je le comprends très bien, le public est un peu méfiant. Moi aussi, je le serais. Déjà moins à la deuxième chanson. A la troisième, on ressent cette atmosphère qu'il y avait, à mon avis, pendant les spectacles de Brel. Mais je ne peux pas vous dire quels sont les ingrédients qui permettent d'y arriver. C'est quelque chose qu'il faut recommencer à chaque fois car chaque salle est différente, chaque public est différent. Je fais régulièrement mon examen de conscience. J'essaie de retrouver à chaque fois, lors de chaque soirée, cette envie que j'avais au début de bien le chanter.

 

Mais n'y a-t-il pas une ambigüité à vouloir vous distinguer de Jacques Brel tout en cherchant à s'en rapprocher le plus possible ?

Tout à fait, c'est très ambigu. Cette ambigüité n'est pas facile à cerner, ni pour moi, ni pour mes musiciens, ni pour le public.

 

En quoi vous distinguez-vous des autres chanteurs qui interprètent des chansons de Brel ?

 

Si je prends l'exemple de "Ne me quitte pas", j'ai l'impression que beaucoup de chanteurs vont chercher dans leur propre vécu des sentiments pour les mettre dans la chanson. J'ai chanté cette chanson quelques centaines de fois. J'ai constaté que quand on chante cette chanson de façon assez neutre, en laissant la parole à la parole, juste aux mots, tout est déjà là. Certains chanteurs essaient de le faire tellement bien qu'ils vont surcharger. Ils vont montrer leur douleur ou leur joie. Alors qu'il y a assez de force dans les mots mêmes. Et dans la musique aussi. La musique renforce les paroles de Brel. Et là, je trouve que François Robert et les autres musiciens qui m'accompagnent ont fait un travail formidable. Brel, c'était aussi son équipe musicale bien sûr. Certains chanteurs vont parfois aussi imposer leur personnalité quand ils chantent Brel. D'un tango, ils vont faire une valse. Moi je n'ai pas ce besoin. La partition me suffit et je vais chercher ma liberté dans la partition. Comme un musicien qui doit lire une partition. Hélène Grimaud ne va pas jouer du Schubert comme Daniel Barenboim, par exemple. 

 

Vous n'êtes pas seulement chanteur mais aussi comédien. Cela vous aide-il pour interpréter les chansons de Jacques Brel ?

 

Je ne fais pas tellement la distinction entre les deux. Chaque bon chanteur devrait être un peu comédien. Un bon comédien peut d'ailleurs être aussi un bon chanteur. A mon avis, Jacques Brel ne faisait pas non plus une distinction entre la comédie et la chanson. 

 

Sur le plan du caractère et des idées, pensez-vous avoir des points communs avec Brel ?

 

C'est parce que je me suis tellement retrouvé dans cet univers de Brel que j'ai eu envie de le chanter. C'est tout d'abord l'amour pour la vie, pour le monde, ce qui nous entoure. C'est la colère contre tout ce qui ne va pas. C'est l'envie de découvrir, comme Brel avec ses tournées et ses voyages. Brel, c'est également le sentiment de toujours rater quelque chose. Dans son répertoire et dans sa vie privée, Brel donne souvent cette impression. Moi je ressens cela aussi. Une autre idée est celle de la solitude. Brel chante "être désespéré mais avec élégance". Je trouve cela très beau. Et à la fin de cette chanson, il dit "être désespéré mais avec espérance". Brel était une personne multiple.

 

Il y a une part de nostalgie pour une certaine époque dans une telle approche …

 

Effectivement, je suis assez sensible à cette époque des années 60. J'adore.

 

Jacques Brel a dit parfois qu'il se considérait flamand. Qu'en pensez-vous ?

 

Oui, Brel se considérait flamand. Mais alors c'est quoi un flamand ? Dans sa définition, je m'y retrouve très fort. Parce qu'un flamand, ce n'est pas quelqu'un qui parle le flamand. Etre flamand, c'est quelque chose qu'on ressent. C'est peut-être une mentalité germanique. Mais pour être flamand, il faut déjà être un bon belge. Brel était très très belge.

 

Vous vous retrouvez dans ce que l'on appelle la belgitude ?

 

Oui. Moi je me sens belge. Dans l'humour, dans la politesse, dans la mentalité, dans la manière dont on parle, dans les attitudes, il y a quand même un aspect commun.

 

Pourquoi chanter les Flamingants dans vos spectacles en Flandre ?  

 

J'ai voulu chanter les flamingants dans mes spectacles en Flandre. C'était au début de la crise politique. En Flandre, dans la presse et à la télé, on entendait un discours nationaliste. C'est bien le but de contrarier cela un petit peu. A Anvers, la chanson a été fort applaudie dès les premières mesures. A Borgerhout, plus précisément, où le Vlaams Belang a été très fort à un moment. On pense peut-être à Bruxelles et en Wallonie qu'il n'y a que des nationalistes en Flandre. Mais il y a beaucoup de flamands qui pensent tout à fait autre chose. Et ils sont très sensibles à cette chanson de Brel.

 

 

Propos recueillis par Gauthier van Outryve d'Ydewalle
le 9 novembre 2011

 

 

Réservation sur le site de Wolubilis : www.wolubilis.be

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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